L'Allemagne s'apprête à revoir en profondeur son système de tarification de l'électricité, avec un objectif clair : réduire le coût de recharge des véhicules électriques. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes en Suisse, cette évolution chez le voisin d'outre-Rhin n'est pas anodine. Elle éclaire des dynamiques de marché qui influencent directement le coût total de possession (TCO) de vos véhicules électriques, aujourd'hui et demain.
Le problème allemand : quand l'abondance renouvelable ne fait pas baisser les prix
C'est un paradoxe qui interpelle les économistes depuis plusieurs années : malgré une production solaire et éolienne en forte croissance, les prix de l'électricité en Allemagne continuent d'augmenter. La raison tient à la structure même du marché, régi par le mécanisme dit du Merit Order. Ce système fixe le prix de marché en fonction du coût du producteur le plus cher mobilisé — généralement une centrale à gaz — indépendamment du volume d'énergie renouvelable disponible à ce moment précis.
Résultat : même lorsque les parcs éoliens et solaires tournent à plein régime, le prix payé par le consommateur final reste indexé sur le gaz. À cela s'ajoutent des coûts de redispatch en constante augmentation, générés par les congestions et les suroffres sur le réseau électrique. L'Institut d'économie énergétique de l'Université de Cologne (EWI) et l'Institut de macroéconomie et de recherche conjoncturelle (IMK) ont chacun modélisé le potentiel d'économies que représenterait une réforme de ce mécanisme.
L'IMK propose notamment un découplage temporaire : plutôt que d'utiliser le prix complet du gaz comme référence, un prix plafond prédéfini serait appliqué lors des périodes de forte production renouvelable — une approche déjà expérimentée avec succès en Espagne et au Portugal, où les tarifs d'électricité restent structurellement inférieurs à ceux de l'Allemagne. La ministre fédérale de l'Économie, Katherina Reiche (CDU), soutient ces réformes tout en plaidant pour de nouvelles centrales à gaz afin de sécuriser la stabilité du réseau.
Espagne, Portugal, Allemagne : trois marchés, trois leçons pour la Suisse
La comparaison européenne est instructive. L'Espagne et le Portugal bénéficient d'une électricité moins chère grâce à des énergies renouvelables abondantes et à un cadre réglementaire qui atténue l'effet Merit Order. Ce modèle ibérique démontre qu'une réforme structurelle est possible sans démanteler le marché. Pour les gestionnaires de flottes qui comparent le TCO d'un véhicule thermique et d'un utilitaire électrique, le prix de l'énergie reste l'une des variables les plus sensibles sur dix ans d'exploitation.
En Suisse, l'électricité est produite majoritairement par l'hydraulique, ce qui la rend moins exposée aux tensions gazières européennes. Mais les prix suisses ne sont pas imperméables aux marchés continentaux : une part de l'électricité consommée est importée, et les tarifs de réseau ont évolué à la hausse ces dernières années. Suivre les réformes allemandes, c'est anticiper des signaux de prix qui traverseront inévitablement la frontière.
Suisse : ce que ça change pour vos décisions d'aujourd'hui
Pour les professionnels helvétiques, la bonne nouvelle est que le contexte local reste favorable à l'électrification des flottes, indépendamment des turbulences du marché de gros européen :
- Bonus cantonaux significatifs : Vaud et Genève offrent jusqu'à 3 000 CHF par véhicule électrique, Berne jusqu'à 2 000 CHF. Ces aides réduisent directement le coût d'acquisition et améliorent le TCO dès l'année un.
- Fiscalité avantageuse : de nombreux cantons appliquent une exonération ou une réduction de l'impôt sur les véhicules pour les motorisations électriques, un levier souvent sous-estimé par les PME.
- CHF fort : les importations de véhicules depuis la zone euro restent compétitives, ce qui élargit le choix disponible à prix contenu.
- Infrastructure de recharge : les réseaux SwissCharge et EVPASS couvrent déjà les grandes agglomérations, et les tarifs de recharge publique, bien que variables, restent inférieurs au coût d'un plein thermique pour un usage professionnel type.
- Objectif fédéral : la Confédération vise 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030. Les contraintes CO₂ sur les importateurs vont mécaniquement accélérer la disponibilité de modèles utilitaires électriques et peser sur les prix à la baisse.
Concrètement : un artisan bernois qui renouvelle un utilitaire léger en 2025 peut cumuler le bonus cantonal, l'exonération de taxe et un TCO réduit grâce à l'énergie hydraulique suisse. La réforme allemande, si elle aboutit, pourrait à terme tirer les prix de recharge européens vers le bas — un signal de plus pour ne pas reporter la décision d'électrifier.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois
Le débat allemand sur la réforme du Merit Order est loin d'être clos. Les opposants craignent une distorsion du marché unique européen ; les partisans y voient une nécessité pour que la transition énergétique profite réellement aux utilisateurs finaux. Pour les gestionnaires de flottes suisses, trois indicateurs méritent un suivi régulier : l'évolution des tarifs de recharge sur les autoroutes et en milieu urbain, les annonces cantonales sur les aides à l'électrification des véhicules utilitaires, et les négociations européennes sur la réforme du marché de l'électricité.
Action concrète : avant votre prochain renouvellement de flotte, demandez à votre concessionnaire ou à votre gestionnaire d'énergie une simulation TCO sur 60 mois intégrant les aides cantonales disponibles dans votre région. Les chiffres parlent souvent d'eux-mêmes.
D'après Elektroauto News CH