L'Allemagne s'apprête à revoir en profondeur son système de fixation des prix de l'électricité, avec un objectif clair : faire baisser les coûts de recharge des véhicules électriques. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes belges qui planifient leur transition vers l'électrique, ce débat dépasse les frontières germaniques — et pourrait bien influencer les décisions d'investissement à court terme.
Le problème du "Merit Order" : pourquoi l'électricité coûte cher malgré les renouvelables
En Allemagne, le prix de l'électricité sur le marché de gros est déterminé par le système dit du Merit Order : c'est le producteur le plus cher sollicité à un instant T — souvent une centrale à gaz — qui fixe le prix pour tous les producteurs, y compris les parcs solaires ou éoliens dont les coûts de production sont pourtant bien inférieurs. Résultat : malgré une production croissante d'énergies renouvelables, les prix de l'électricité continuent d'augmenter en Allemagne.
À cela s'ajoutent des coûts de redispatch en hausse régulière, liés aux congestions et suroffres sur le réseau. Ces frais de gestion du réseau sont répercutés sur les consommateurs finaux, entreprises et particuliers confondus.
En Espagne et au Portugal, une approche différente a été adoptée : un prix plafond prédéfini est appliqué au gaz pour le calcul du coût de l'électricité, découplant partiellement le tarif final de la volatilité des marchés gaziers. L'Institut de macroéconomie et de recherche conjoncturelle (IMK) propose aujourd'hui d'appliquer un mécanisme similaire en Allemagne, tandis que l'Institut d'économie énergétique de l'Université de Cologne (EWI) a également modélisé des scénarios d'économies potentielles. De son côté, la ministre fédérale de l'Économie, Katherina Reiche (CDU), plaide pour des réformes structurelles, tout en misant sur de nouvelles centrales à gaz pour sécuriser l'approvisionnement.
Belgique : ce que ça change pour les gestionnaires de flottes
La Belgique n'est pas directement concernée par le Merit Order allemand, mais les marchés européens de l'électricité sont fortement interconnectés. Une réforme réussie outre-Rhin pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix de gros en Europe du Nord-Ouest, ce qui se répercuterait — à terme — sur les tarifs des bornes de recharge publiques et des contrats d'énergie professionnels en Belgique.
Dans ce contexte, voici ce que les professionnels belges ont tout intérêt à garder en tête :
- Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 : c'est une fenêtre d'opportunité fiscale à ne pas manquer pour renouveler une flotte.
- Avantage ATN réduit pour les voitures de société électriques, ce qui allège la charge fiscale des collaborateurs bénéficiant d'un véhicule de fonction.
- Primes régionales cumulables : jusqu'à 4 500 € en Wallonie (prime PIVERT), jusqu'à 4 000 € à Bruxelles, et une prime Ecoscore progressive en Flandre selon le niveau d'émissions du véhicule.
- LEZ en expansion : les zones à basses émissions de Bruxelles, Anvers et Gand se renforcent, rendant l'électrique incontournable pour les flottes actives en milieu urbain.
- Obligation d'infrastructure de recharge en entreprise dès 2030 : les PME qui anticipent maintenant bénéficient des meilleures conditions de financement et peuvent lisser l'investissement dans le temps.
Sur le plan du coût total de possession (TCO), une baisse — même modérée — des tarifs d'électricité en Europe viendrait renforcer l'avantage déjà significatif du véhicule électrique face au thermique. Selon les estimations du secteur, un véhicule utilitaire léger électrique rechargé principalement sur borne entreprise affiche déjà un coût d'énergie environ deux à trois fois inférieur à son équivalent diesel aux prix actuels. Toute détente sur les marchés de l'électricité consoliderait cet écart.
Ce que les PME et artisans belges doivent faire maintenant
Les réformes de marché prennent du temps. En attendant leur éventuelle concrétisation, les professionnels belges disposent dès aujourd'hui de leviers concrets pour optimiser leur transition :
- Comparer les offres d'énergie professionnelle avec des contrats indexés sur les marchés de gros, qui profiteront en premier d'une éventuelle baisse des prix.
- Dimensionner correctement l'installation de recharge en entreprise pour éviter les surcoûts de puissance souscrite inutile.
- Solliciter un audit TCO personnalisé auprès d'un gestionnaire de flotte ou d'un conseiller en mobilité, en intégrant les primes régionales disponibles selon votre localisation.
- Ne pas attendre 2030 pour se mettre en conformité avec l'obligation d'infrastructure : les installateurs certifiés sont déjà sous pression et les délais s'allongent.
Le débat allemand sur la réforme du marché électrique est un signal fort : les coûts de recharge sont devenus un enjeu stratégique à l'échelle européenne. Les entreprises belges qui anticipent aujourd'hui construisent un avantage compétitif durable — fiscal, opérationnel et environnemental.
D'après Elektroauto News CH