L'Allemagne s'attaque à l'une des principales frictions de l'électromobilité : le prix de l'électricité. Alors que la production solaire et éolienne ne cesse de progresser outre-Rhin, les coûts de recharge restent élevés, plombant le calcul du TCO des véhicules électriques. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes français, ce débat européen mérite attention : il révèle des leviers que la France pourrait — ou non — activer.

Le paradoxe allemand : plus de renouvelables, des factures qui ne baissent pas

C'est l'une des grandes contradictions du marché énergétique européen : l'Allemagne produit de plus en plus d'électricité solaire et éolienne, mais les prix payés par les entreprises et les particuliers continuent d'augmenter. La raison tient au fonctionnement du système Merit Order, qui détermine le prix du marché en retenant le coût du producteur le plus cher sollicité pour équilibrer le réseau — souvent une centrale à gaz. Résultat : même quand les éoliennes tournent à plein régime, c'est le tarif du gaz qui fixe le prix de référence.

À cela s'ajoutent des coûts de redispatch en hausse régulière, liés aux congestions et suroffres sur le réseau de transport électrique. Ces frais, mutualisés sur l'ensemble des consommateurs, alourdissent mécaniquement la facture finale. L'Institut d'économie énergétique de l'Université de Cologne (EWI) et l'Institut de macroéconomie et de recherche conjoncturelle (IMK) ont chacun modélisé des pistes d'économies, avec des conclusions convergentes : le statu quo coûte cher.

Le modèle ibérique, une alternative sérieuse ?

L'Espagne et le Portugal ont choisi une autre voie. Grâce à une production renouvelable abondante et à un mécanisme de plafonnement temporaire du prix du gaz dans le calcul du coût de l'électricité, ces deux pays affichent des tarifs généralement inférieurs à ceux de l'Allemagne. L'IMK allemand préconise d'ailleurs un découplage similaire : substituer au prix de marché complet du gaz un prix plafond prédéfini, de façon à ce que l'abondance des renouvelables se répercute réellement sur la facture des utilisateurs.

De son côté, Katherina Reiche, ministre fédérale de l'Économie (CDU), défend une réforme du système tout en misant sur de nouvelles centrales à gaz pour sécuriser l'approvisionnement. Le débat politique est donc ouvert — et son issue aura des répercussions bien au-delà des frontières allemandes.

France : ce que ça change pour votre flotte

La France n'applique pas le Merit Order de la même façon qu'en Allemagne : le parc nucléaire et les mécanismes de régulation d'EDF amortissent en partie la volatilité des marchés de gros. Mais l'intégration croissante des marchés européens signifie que les tensions tarifaires allemandes peuvent se propager. Pour les gestionnaires de flottes, la bonne nouvelle est que les aides françaises rendent le VE compétitif dès aujourd'hui, indépendamment des réformes à venir outre-Rhin :

  • Bonus écologique : jusqu'à 7 000 € pour les particuliers, 9 000 € pour les entreprises (sous conditions de revenus et de prix du véhicule).
  • Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise, calculé sur une base plafonnée à 30 000 €, soit un avantage fiscal concret dès la première année.
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer en partie l'installation de bornes de recharge sur site, réduisant le coût d'infrastructure — un levier souvent sous-utilisé par les PME.
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, allégeant la fiscalité de flotte de façon durable.
  • ZFE-m : dans 43 agglomérations, les Crit'Air 3 sont progressivement interdits. Les entreprises dont les techniciens ou livreurs circulent en zones urbaines n'ont plus le luxe d'attendre.

En termes de TCO (coût total de possession), un utilitaire électrique rechargé sur borne d'entreprise bénéficie aujourd'hui d'un coût à la recharge nettement inférieur au plein d'un thermique équivalent, surtout si l'entreprise a négocié un contrat d'électricité adapté ou investi dans du solaire en autoconsommation. Selon les estimations du secteur, l'écart de TCO sur 4 ans peut dépasser plusieurs milliers d'euros en faveur de l'électrique pour des usages urbains et périurbains intensifs.

Ce qu'il faut retenir et faire dès maintenant

Le débat allemand sur la réforme du Merit Order rappelle une vérité simple : le prix de l'électricité est un enjeu stratégique pour la mobilité professionnelle. En France, les entreprises qui anticipent — en installant des bornes financées par les CEE, en sécurisant leurs contrats énergétiques et en intégrant le suramortissement dans leur plan de renouvellement — sont celles qui tireront le meilleur parti de la transition. N'attendez pas que le marché européen se stabilise pour agir : les aides actuelles sont conditionnées à des fenêtres réglementaires qui peuvent évoluer à tout moment.

D'après Elektroauto News CH