L'Avere-France et l'Union Française de l'Électricité (UFE) viennent de publier une note de position conjointe pour accélérer le déploiement de la recharge pilotée des véhicules électriques. Derrière ce terme technique se cache une opportunité concrète : recharger sa flotte au meilleur coût, en suivant les signaux du réseau. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en Suisse, l'enjeu est immédiat et chiffrable.

La recharge pilotée, c'est quoi exactement ?

La recharge pilotée — aussi appelée smart charging — consiste à adapter automatiquement la recharge d'un véhicule électrique en fonction de deux paramètres clés : la disponibilité du réseau électrique et les tarifs en vigueur. Concrètement, au lieu de brancher le véhicule et de le recharger immédiatement à pleine puissance, le système décale ou module la recharge vers les plages horaires où l'électricité est la moins chère et la moins carbonée.

Pour une flotte de véhicules utilitaires — livraisons, interventions terrain, tournées d'artisans — cela signifie programmer la recharge la nuit, éviter les pics de consommation en soirée, et lisser la demande sur le réseau. Le tout sans contraindre l'usage quotidien, à condition d'anticiper les horaires de départ.

Au-delà de l'économie directe sur la facture d'électricité, cette approche réduit aussi les coûts d'infrastructure : en évitant les appels de puissance simultanés, une entreprise peut éviter de devoir renforcer son raccordement électrique — une dépense qui peut, selon les estimations, atteindre plusieurs dizaines de milliers de francs pour un site industriel.

Impact TCO : ce que ça représente pour une flotte suisse

Le coût total de possession (TCO) est l'indicateur central pour tout gestionnaire de flotte sérieux. La recharge pilotée agit directement sur deux postes :

  • Le coût de l'énergie : en Suisse, les tarifs de l'électricité varient sensiblement selon les cantons et les heures. Passer d'un tarif de pointe à un tarif creux peut représenter, selon les estimations, une économie de 20 à 40 % sur la facture de recharge annuelle par véhicule.
  • Le coût d'infrastructure : en pilotant la charge, une PME peut éviter de sur-dimensionner son installation électrique. Pour un parc de 5 à 10 véhicules, l'économie sur le raccordement peut compenser en partie l'investissement dans un système de gestion de charge (OCPP, supervision cloud).

À titre d'illustration, un utilitaire électrique parcourant 25 000 km/an consomme selon les estimations entre 3 500 et 5 000 kWh. Recharger au tarif creux plutôt qu'en heure de pointe peut représenter une économie annuelle de plusieurs centaines de francs par véhicule — à multiplier par la taille de la flotte.

Suisse : ce que ça change pour les pros locaux

La Suisse dispose déjà d'un contexte favorable à l'électromobilité professionnelle. Plusieurs éléments jouent en faveur des entreprises qui franchissent le pas :

  • Bonus cantonaux : Vaud et Genève offrent jusqu'à 3 000 CHF par véhicule électrique, Berne jusqu'à 2 000 CHF. Ces aides sont cumulables avec d'éventuelles déductions fiscales cantonales sur les véhicules de société.
  • Exonérations fiscales : de nombreux cantons réduisent ou suppriment l'impôt sur les véhicules pour les motorisations électriques, ce qui améliore mécaniquement le TCO sur 4 à 5 ans.
  • CHF fort : l'appréciation du franc suisse rend les véhicules électriques importés de la zone euro structurellement compétitifs à l'achat, un avantage réel pour les PME qui renouvellent leur flotte.
  • Réseau de recharge professionnel : SwissCharge, EVPASS et d'autres opérateurs maillent déjà les grandes agglomérations. L'interopérabilité progresse, ce qui facilite les recharges en déplacement pour les flottes itinérantes.
  • Objectif 50 % VE d'ici 2030 : la pression réglementaire fédérale sur les émissions de CO₂ des importateurs va mécaniquement accroître l'offre de modèles électriques et tirer les prix vers le bas. Les entreprises qui anticipent aujourd'hui leur transition profiteront des meilleures conditions d'achat.

Dans ce contexte, déployer une infrastructure de recharge pilotée dès maintenant, c'est se positionner en avance sur une norme qui deviendra incontournable à mesure que les parcs électriques grossissent.

Ce que les pros suisses doivent faire maintenant

L'appel d'Avere-France et de l'UFE s'adresse aux pouvoirs publics, mais il envoie un signal clair aux entreprises : la recharge pilotée n'est plus un gadget, c'est une composante structurelle de la gestion de flotte électrique. Voici les actions concrètes à engager :

  • Auditer votre installation électrique avant d'ajouter des bornes : capacité de raccordement, possibilité d'ajouter un système de gestion de charge (load management).
  • Comparer les offres de bornes compatibles OCPP : ce protocole ouvert garantit l'interopérabilité et la supervision à distance, indispensable pour une flotte de plusieurs véhicules.
  • Vérifier les aides cantonales disponibles dans votre canton de domiciliation de flotte — elles sont souvent cumulables avec des déductions fiscales sur l'amortissement du matériel.
  • Négocier un contrat d'électricité avec tarif heures creuses dédié à la recharge, en lien avec votre fournisseur cantonal ou un agrégateur indépendant.

La transition vers l'électrique ne se réduit pas à l'achat du véhicule : c'est un écosystème complet à construire. La recharge pilotée en est la colonne vertébrale économique.

D'après Avere France