L'Avere-France et l'Union Française de l'Électricité (UFE) viennent de publier une note de position conjointe réclamant un passage à la vitesse supérieure sur la recharge pilotée des véhicules électriques. Pour les professionnels — PME, artisans, gestionnaires de flottes —, ce signal ne doit pas rester lettre morte : la recharge pilotée est l'un des leviers les plus efficaces pour maîtriser la facture énergétique d'une flotte électrique tout en sécurisant l'alimentation du site.
La recharge pilotée, c'est quoi exactement ?
La recharge pilotée (ou smart charging) consiste à automatiser les sessions de recharge de vos véhicules électriques en fonction de deux critères principaux : les heures creuses tarifaires et la disponibilité réelle du réseau électrique. Concrètement, la borne de recharge ne se déclenche plus dès que vous branchez le câble, mais selon un programme intelligent qui évite les pics de consommation.
Pour une flotte de véhicules professionnels, dont les voitures ou utilitaires sont branchés en fin de journée et disponibles le lendemain matin, c'est un cas d'usage idéal : la recharge peut se dérouler intégralement la nuit, aux heures les moins chères, sans aucun impact sur la disponibilité des véhicules. À la clé, selon les estimations du secteur, des économies pouvant atteindre 20 à 40 % sur la facture d'électricité dédiée à la recharge, en fonction du contrat souscrit auprès du fournisseur.
France : ce que ça change pour votre flotte
L'appel conjoint de l'Avere-France et de l'UFE intervient dans un contexte réglementaire et fiscal particulièrement favorable aux professionnels qui font le choix de l'électrique :
- ZFE-m obligatoires dans 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) : les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement interdits de circulation en zone à faibles émissions. Pour les artisans et livreurs urbains, l'électrique n'est plus une option, c'est une contrainte de marché.
- Bonus écologique jusqu'à 9 000 € pour les entreprises (sous conditions), permettant d'abaisser significativement le coût d'acquisition à l'achat ou en LOA.
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres professionnels, calculé sur une base plafonnée à 30 000 € : un avantage fiscal direct sur l'IS ou l'IR.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer une partie de l'installation des bornes de recharge sur site professionnel, réduisant davantage le coût de déploiement d'une infrastructure pilotée.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, ce qui favorise mécaniquement les électriques purs dans les arbitrages de renouvellement de flotte.
En combinant recharge pilotée et ces dispositifs d'aide, le TCO (coût total de possession) d'un utilitaire électrique devient très compétitif face à son équivalent thermique, notamment pour les profils roulant entre 15 000 et 40 000 km par an en zone urbaine ou périurbaine.
Réseau électrique : les flottes, une ressource pour RTE
L'autre dimension — souvent négligée par les gestionnaires de flotte — est l'impact collectif de la recharge pilotée sur le réseau. RTE (Réseau de Transport d'Électricité) doit équilibrer en permanence offre et demande sur le réseau national. Des millions de véhicules rechargés simultanément en soirée pourraient créer des tensions significatives d'ici 2030. La recharge pilotée transforme les flottes en actifs flexibles : en décalant la demande vers les heures creuses ou les périodes de forte production renouvelable, les entreprises participent activement à la stabilité du réseau — et pourraient, à terme, en être rémunérées via des mécanismes d'effacement.
C'est précisément ce potentiel que l'Avere-France et l'UFE cherchent à activer à grande échelle, en demandant aux pouvoirs publics d'accélérer le cadre réglementaire et les incitations nécessaires.
Ce que vous devez faire dès maintenant
L'invitation est claire : ne pas attendre que la réglementation impose la recharge pilotée pour s'y préparer. Voici les étapes concrètes à engager :
- Auditer votre site : puissance souscrite, capacité d'accueil de bornes, contraintes réseau internes.
- Choisir des bornes compatibles OCPP (protocole ouvert) permettant la gestion pilotée et l'interopérabilité avec les logiciels de gestion de flotte.
- Solliciter les CEE dès le projet d'installation pour optimiser le financement.
- Négocier un contrat d'électricité adapté intégrant des plages heures creuses/heures pleines explicitement valorisées pour la recharge de flotte.
La recharge pilotée n'est pas une technologie d'avenir : c'est une solution disponible aujourd'hui, dont le déploiement conditionne directement la rentabilité de votre transition vers l'électrique.
D'après Avere France