L'Avere-France et l'Union Française de l'Électricité (UFE) viennent de publier une note de position commune : elles appellent à accélérer le déploiement de la recharge pilotée des véhicules électriques. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes, cette évolution n'est pas anodine : elle touche directement le coût de recharge, la gestion des infrastructures et la rentabilité des véhicules électriques au quotidien.
La recharge pilotée, c'est quoi concrètement ?
La recharge pilotée — aussi appelée smart charging — consiste à moduler automatiquement les horaires et la puissance de charge d'un véhicule électrique en fonction de signaux externes : état du réseau électrique, prix de l'électricité, disponibilité des énergies renouvelables. Concrètement, la borne ne charge plus "dès que le câble est branché", mais au moment le plus opportun, économiquement et énergétiquement.
Pour une flotte professionnelle, cela signifie par exemple que les véhicules garés la nuit sur le dépôt se rechargent prioritairement entre 2h et 5h du matin, quand les tarifs sont au plus bas et le réseau moins sollicité. Aucune intervention humaine n'est nécessaire : le système pilote automatiquement l'ensemble des bornes.
Pourquoi l'Avere-France et l'UFE tirent-elles la sonnette d'alarme ?
La démarche commune des deux organisations traduit une réalité préoccupante : le parc de véhicules électriques en France grossit rapidement, mais les infrastructures de recharge — et surtout leur intelligence de gestion — ne suivent pas au même rythme. Sans pilotage, la multiplication des charges simultanées en fin de journée risque de créer des pics de consommation coûteux pour le réseau et… pour les entreprises.
Les deux acteurs appellent donc à faire évoluer le cadre réglementaire et les incitations pour généraliser la recharge pilotée, aussi bien dans les flottes professionnelles que dans les copropriétés et sur les réseaux publics. L'enjeu est double : stabiliser le réseau électrique national et réduire la facture énergétique des utilisateurs.
France : ce que ça change pour votre flotte
Dans le contexte réglementaire français actuel, la recharge pilotée prend une dimension stratégique pour les professionnels :
- ZFE-m et renouvellement de flotte : avec 43 agglomérations couvertes par les Zones à Faibles Émissions et les restrictions progressives sur les Crit'Air 3, de nombreuses PME et artisans sont déjà contraints d'électrifier leur flotte. Le pilotage de la recharge devient alors un levier immédiat de maîtrise des coûts opérationnels.
- Bonus écologique et suramortissement : les entreprises peuvent bénéficier d'un bonus allant jusqu'à 9 000 € à l'achat d'un véhicule électrique, et d'un suramortissement de 40 % sur la valeur du véhicule (dans la limite de 30 000 €). Ces aides rendent l'investissement dans des véhicules compatibles smart charging d'autant plus accessible.
- CEE pour les bornes : les Certificats d'Économie d'Énergie financent partiellement l'installation de bornes en entreprise. En optant dès le départ pour des bornes compatibles recharge pilotée, les professionnels évitent une mise à niveau coûteuse dans quelques années.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ : depuis le remplacement de la TVS, les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fiscal fort. Le TCO global d'un électrique piloté — incluant l'économie sur l'énergie, les aides à l'achat et la fiscalité avantageuse — devient selon les estimations nettement inférieur à celui d'un thermique équivalent sur 4 à 5 ans.
- Leasing social : pour les artisans aux revenus modestes éligibles, le leasing à partir de 100 €/mois reste un point d'entrée accessible, y compris vers des modèles équipés de fonctions de charge intelligente.
Le message est clair : intégrer dès aujourd'hui la recharge pilotée dans sa stratégie de mobilité professionnelle, c'est anticiper la réglementation et sécuriser son TCO.
Comment passer à l'action dès maintenant ?
Quelques étapes concrètes pour les professionnels français :
- Auditer votre infrastructure existante : vos bornes actuelles sont-elles compatibles avec des protocoles de pilotage (OCPP 2.0, OpenADR) ? Un audit rapide par un installateur certifié IRVE peut répondre à cette question.
- Négocier un contrat d'énergie adapté : certains fournisseurs proposent des offres indexées sur les heures creuses ou les signaux tarifaires dynamiques, qui maximisent les économies d'une recharge pilotée.
- Intégrer le pilotage dans les appels d'offres bornes : lors de tout nouveau déploiement de bornes, exiger la compatibilité smart charging dans le cahier des charges — et mobiliser les CEE pour en financer une partie.
- Se rapprocher de votre conseiller en transition énergétique ou de votre CCI régionale pour identifier les dispositifs d'accompagnement disponibles localement.
La recharge pilotée n'est plus une option réservée aux grandes flottes : elle devient un standard accessible, et les aides françaises en place rendent sa mise en œuvre financièrement pertinente dès les premières bornes installées.
D'après Avere France