L'Avere-France et l'Union Française de l'Électricité (UFE) haussent le ton : dans une note de position commune, elles appellent à accélérer le déploiement de la recharge pilotée des véhicules électriques. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes, ce n'est pas qu'un débat technique — c'est une opportunité de maîtriser leurs coûts énergétiques et d'anticiper des contraintes réglementaires qui se resserrent.

La recharge pilotée, c'est quoi exactement ?

La recharge pilotée — parfois appelée smart charging — consiste à ajuster automatiquement les horaires et la puissance de recharge des véhicules électriques en fonction des signaux du réseau électrique : prix de l'énergie, disponibilité des énergies renouvelables, pic de demande du réseau. Concrètement, un véhicule branché en fin de journée ne commence pas nécessairement à se charger immédiatement : le système attend la plage horaire la plus favorable, souvent la nuit, quand l'électricité est moins chère et le réseau moins sollicité.

Pour une flotte d'une dizaine de véhicules, la différence peut être significative. Selon les estimations des professionnels du secteur, le pilotage intelligent de la recharge peut générer entre 15 % et 30 % d'économies sur la facture d'électricité dédiée à la recharge, selon le profil de consommation et le contrat énergétique en place.

Pourquoi Avere-France et l'UFE montent au créneau

L'appel commun des deux organisations traduit une convergence d'intérêts : d'un côté, accélérer l'adoption du véhicule électrique ; de l'autre, préserver la stabilité d'un réseau électrique qui va devoir absorber des millions de nouveaux points de charge dans les prochaines années. Sans pilotage, la multiplication des bornes de recharge pourrait créer des pics de demande incontrôlés, coûteux pour les gestionnaires de réseau et in fine pour les consommateurs.

La note de position commune demande notamment un cadre réglementaire clair, des incitations adaptées et un déploiement accéléré des infrastructures compatibles. L'enjeu est structurant : la France s'est fixé des objectifs ambitieux de décarbonation du transport routier, et la recharge pilotée est l'un des maillons indispensables pour les atteindre sans déstabiliser le réseau.

France : ce que ça change pour les professionnels

Le contexte réglementaire français rend cette initiative particulièrement pertinente pour les entreprises :

  • ZFE-m : 43 agglomérations sont concernées, avec des restrictions progressives sur les véhicules Crit'Air 3 et au-delà. Passer à l'électrique devient une nécessité opérationnelle, pas un choix de confort.
  • Bonus écologique entreprises : jusqu'à 9 000 € par véhicule électrique acquis, sous conditions. Un levier financier direct pour renouveler une flotte.
  • Suramortissement : les véhicules propres ouvrent droit à un suramortissement de 40 % sur une base plafonnée à 30 000 €, allégeant la pression fiscale sur les investissements flotte.
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils peuvent financer une part significative de l'installation de bornes de recharge en entreprise — y compris des bornes intelligentes compatibles avec le pilotage.
  • Taxe annuelle CO₂ : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fiscal fort sur la taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS), ce qui améliore mécaniquement le TCO sur la durée.

Combinés, ces dispositifs permettent d'amortir l'investissement initial et de réduire le coût total de possession (TCO) des véhicules électriques de flotte. La recharge pilotée vient compléter cette équation en agissant sur les coûts d'exploitation récurrents.

Ce que vous devez faire maintenant

L'accélération annoncée par Avere-France et l'UFE va probablement se traduire par de nouvelles obligations et incitations dans les prochains mois. Voici les actions concrètes à engager dès aujourd'hui :

  • Auditez votre installation électrique : une borne pilotée nécessite une infrastructure compatible (compteur communicant, contrat adapté). C'est le point de départ incontournable.
  • Négociez votre contrat énergétique : les tarifs heures creuses/heures pleines ou les contrats indexés sur le marché de gros sont les plus adaptés au smart charging.
  • Mobilisez les CEE : avant d'installer des bornes, renseignez-vous auprès de votre fournisseur d'énergie ou d'un agrégateur CEE pour réduire votre reste à charge.
  • Anticipez les ZFE-m : si votre flotte inclut des véhicules Crit'Air 3, le calendrier de restriction dans les grandes agglomérations doit guider votre plan de renouvellement.

D'après Avere France