L'Avere-France et l'Union Française de l'Électricité (UFE) viennent de publier une note de position commune pour accélérer le déploiement de la recharge pilotée des véhicules électriques. Si la démarche est française, ses enseignements sont directement transposables au marché suisse — et particulièrement aux professionnels qui électrifient leur flotte. À l'heure où la Confédération vise 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030, la question de la recharge intelligente devient un enjeu de compétitivité.
Recharge pilotée : de quoi parle-t-on exactement ?
La recharge pilotée — aussi appelée recharge intelligente ou smart charging — consiste à moduler automatiquement l'heure et la puissance de charge d'un véhicule électrique en fonction de plusieurs paramètres : le prix de l'électricité au moment de la recharge, la disponibilité du réseau, ou encore la capacité de l'installation électrique du site. En clair, le véhicule ne se charge pas nécessairement dès qu'il est branché, mais au moment le plus avantageux pour le gestionnaire du site et pour le réseau.
Pour une PME ou un artisan gérant plusieurs véhicules, cela se traduit par une borne de recharge connectée, couplée à un système de gestion d'énergie (souvent appelé EVMS ou EMS). Ce dispositif peut être intégré à un contrat d'électricité à tarif variable ou à une installation photovoltaïque existante.
Impact TCO : des économies réelles pour les gestionnaires de flottes
Le coût total de possession (TCO) est le nerf de la guerre pour toute décision d'investissement professionnel. La recharge pilotée agit directement sur le poste "énergie", qui représente selon les estimations une part significative des charges d'exploitation d'un véhicule électrique professionnel.
En Suisse, les tarifs électriques varient fortement selon les cantons et les fournisseurs, mais la tendance aux tarifs différenciés heures pleines / heures creuses s'installe progressivement. Une recharge systématiquement réalisée en heures creuses peut représenter une économie de 20 à 35 % sur la facture énergétique liée à la flotte, selon les estimations du secteur.
Pour une flotte de 5 véhicules utilitaires légers parcourant chacun 30 000 km par an, l'économie annuelle sur l'électricité peut atteindre plusieurs centaines de francs suisses par véhicule — un gain non négligeable qui s'accumule sur la durée de vie du parc.
Suisse : ce que ça change pour les professionnels locaux
Le contexte helvétique est particulièrement favorable à l'adoption de la recharge pilotée, pour plusieurs raisons :
- Un réseau de recharge déjà structuré : des opérateurs comme SwissCharge ou EVPASS déploient des solutions de recharge connectées compatibles avec les protocoles de pilotage (OCPP), facilitant l'intégration dans une logique de gestion intelligente.
- Des aides cantonales à mobiliser : les bonus cantonaux (jusqu'à 3 000 CHF à Vaud et Genève, 2 000 CHF à Berne) s'appliquent à l'acquisition des véhicules électriques, et certains cantons soutiennent également l'installation de bornes professionnelles. Ces aides réduisent le ticket d'entrée et accélèrent le retour sur investissement.
- Des exonérations fiscales à valoriser : la réduction ou l'exonération de l'impôt cantonal sur les véhicules constitue un avantage récurrent, année après année, qui améliore mécaniquement le TCO sur 4 à 5 ans.
- Un CHF fort, atout pour l'équipement : les bornes de recharge intelligentes, majoritairement produites en zone euro, bénéficient d'une compétitivité tarifaire accrue pour les acheteurs suisses. C'est le bon moment pour investir dans des équipements de qualité à prix contenu.
- La pression CO₂ fédérale sur les flottes : sans ZFE nationale, c'est l'objectif fédéral sur les émissions des importateurs qui pousse indirectement les entreprises à anticiper leur transition. Une flotte mieux chargée, c'est aussi une flotte mieux valorisée lors du renouvellement.
Ce qu'il faut faire maintenant : le plan d'action pour les PME suisses
La prise de position d'Avere-France et de l'UFE envoie un signal clair : la recharge pilotée n'est plus un sujet prospectif, c'est une réalité opérationnelle à intégrer dès aujourd'hui dans tout projet d'électrification de flotte. Pour les professionnels suisses, voici les étapes concrètes à enclencher :
- Auditer votre installation électrique : vérifiez la puissance disponible sur votre site et l'opportunité d'un contrat à tarif variable auprès de votre fournisseur cantonal.
- Choisir des bornes compatibles smart charging : exigez le protocole OCPP lors de tout appel d'offres et privilégiez les équipements certifiés pour le marché suisse.
- Solliciter les aides cantonales dès la commande : les dossiers de subvention doivent souvent être déposés avant la livraison du véhicule. Anticipez les démarches.
- Intégrer la recharge pilotée dans votre calcul TCO : demandez à votre conseiller fleet une simulation sur 4 ans incluant économies énergétiques, avantages fiscaux et valeur résiduelle.
D'après Avere France