Un fabricant taïwanais, une coquille boursière américaine et une usine dans le nord de la France : l'équation peut sembler abstraite. Elle est pourtant directement liée à l'avenir des flottes électriques professionnelles en Suisse. Car si ProLogium réussit son pari, la batterie à l'état solide — plus dense, plus sûre, plus durable — pourrait devenir une réalité commerciale bien plus tôt que prévu.
ProLogium et la fusion SPAC : comment ça fonctionne ?
ProLogium Technology, spécialiste taïwanais des cellules de batteries à l'état solide, envisage de fusionner avec Translational Development Acquisition Corp. (TDAC), une société cotée en bourse sans activité opérationnelle propre — ce que l'on appelle un SPAC (Special Purpose Acquisition Company). Ce mécanisme financier permet à une entreprise non cotée de lever des capitaux rapidement sur les marchés, sans passer par une introduction en bourse classique, souvent longue et coûteuse.
L'objectif affiché est clair : financer la construction de la gigafactory de Dunkerque, dans le nord de la France. Cette usine est appelée à produire des cellules de batteries à l'état solide à grande échelle, une première en Europe. La technologie solid-state promet des densités énergétiques supérieures aux batteries lithium-ion classiques, des temps de recharge réduits et une meilleure résistance aux températures extrêmes — un atout non négligeable pour les véhicules utilitaires et les camionnettes de livraison.
La technologie solide : pourquoi les professionnels doivent s'y intéresser
Pour un gestionnaire de flotte suisse, la batterie à l'état solide représente potentiellement une rupture dans le calcul du coût total de possession (TCO). Plusieurs facteurs entrent en jeu :
- Durabilité accrue : selon les estimations du secteur, les batteries solides pourraient conserver une capacité supérieure sur un plus grand nombre de cycles, réduisant ainsi les coûts de remplacement à moyen terme.
- Recharge plus rapide : une disponibilité accrue des véhicules dans la journée, cruciale pour les artisans et livreurs opérant en flux tendu.
- Sécurité renforcée : l'absence d'électrolyte liquide réduit les risques thermiques, un argument fort pour les flottes garées dans des parkings couverts en milieu urbain.
À ce stade, les prix de série des véhicules intégrant cette technologie ne sont pas encore publics. Mais les industriels positionnent la battery solid-state comme une solution haut de gamme d'abord destinée aux segments premium et professionnels, ce qui correspond exactement aux besoins des PME suisses à la recherche de fiabilité sur le long terme.
Suisse : ce que ça change pour votre flotte
La Suisse se trouve dans une position particulièrement favorable pour absorber cette mutation technologique. Plusieurs éléments du contexte local jouent en faveur des décideurs professionnels qui anticipent dès maintenant :
- Aides cantonales immédiates : sans attendre les batteries solides, les véhicules électriques actuels ouvrent droit à des bonus cantonaux — jusqu'à 3 000 CHF à Vaud et à Genève, 2 000 CHF dans le canton de Berne — auxquels s'ajoutent des exonérations ou réductions de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons.
- CHF fort = pouvoir d'achat à la hausse : la proximité géographique et la force du franc suisse face à l'euro rendent les véhicules produits ou composés en zone euro structurellement compétitifs à l'achat. Une usine à Dunkerque, c'est une supply chain à moins de 600 km de la frontière suisse.
- Objectif fédéral 2030 : la Confédération vise 50 % de nouvelles immatriculations électriques d'ici 2030. Les PME et artisans qui renouvellent leur flotte dès aujourd'hui s'inscrivent dans cette dynamique et anticipent de potentielles contraintes réglementaires à venir sur les émissions CO₂.
- Infrastructure de recharge : les réseaux SwissCharge et EVPASS couvrent déjà densément les grandes agglomérations. L'arrivée de batteries à recharge plus rapide renforcera encore l'argument opérationnel pour les flottes urbaines et périurbaines.
En résumé, les conditions-cadres suisses sont déjà favorables à l'électrification des flottes. L'avènement des batteries solides ne fera qu'améliorer le calcul TCO, notamment sur la durée de détention et les coûts d'entretien.
Ce qu'il faut surveiller maintenant
La fusion SPAC entre ProLogium et TDAC n'est pas encore finalisée. Les aléas des marchés financiers et les délais industriels d'une gigafactory font que la production commerciale à grande échelle à Dunkerque n'est pas attendue avant la seconde moitié de la décennie, selon les estimations du secteur. Pour les gestionnaires de flottes suisses, la fenêtre d'action est donc double :
- Court terme : profiter des aides cantonales actuelles et du CHF fort pour électrifier dès maintenant avec les technologies lithium-ion éprouvées.
- Moyen terme : intégrer la technologie solid-state dans les scénarios de renouvellement de flotte à l'horizon 2028-2030, en restant attentif aux annonces de ProLogium et de ses concurrents (Toyota, Samsung SDI, Solid Power).
Les PME et artisans qui construisent leur stratégie de mobilité professionnelle aujourd'hui ont tout intérêt à consulter leur gestionnaire de flotte ou leur concessionnaire pour simuler un TCO sur cinq ans incluant les aides locales disponibles. Les chiffres parlent souvent d'eux-mêmes.
D'après Electrive DE