En Allemagne, les camions électriques à batterie sont déjà exonérés du nouveau péage basé sur les émissions de CO₂, en vigueur depuis fin 2023. Une mesure qui change radicalement le calcul économique pour les flottes de poids lourds. En Suisse, si le système est différent, les signaux convergent eux aussi vers une transition accélérée — et les entreprises qui anticipent aujourd'hui prendront une longueur d'avance décisive.
Un péage CO₂ qui rebat les cartes en Europe
La plateforme logistique Transporeon a mené une analyse comparative des systèmes de péage européens fondés sur les émissions de CO₂. Le constat est clair : la tarification carbone sur les routes devient un levier puissant pour accélérer l'électrification des flottes de transport.
En Allemagne, les opérateurs de camions thermiques voient leurs coûts de péage augmenter significativement, tandis que les véhicules électriques en sont exemptés. Résultat : l'avantage compétitif du camion électrique ne se limite plus à la pompe — il s'étend désormais à chaque kilomètre parcouru sur le réseau autoroutier.
Cette dynamique est confirmée par une étude de l'Öko-Institut auprès de 57 entreprises de transport : 93 % des répondants se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leurs poids lourds électriques. Les avantages cités sont concrets — réduction des coûts énergétiques, baisse des frais d'entretien, fiabilité technique et retours positifs des conducteurs. Johannes Pallasch, responsable de la Nationale Leitstelle Ladeinfrastruktur (Centre national de coordination pour les infrastructures de recharge), souligne que cette satisfaction terrain est un signal fort pour les entreprises encore hésitantes.
TCO : ce que coûte (vraiment) un camion électrique aujourd'hui
Le coût total de possession (TCO) d'un poids lourd électrique reste le premier critère de décision pour un gestionnaire de flotte. Si le prix d'achat est encore supérieur à celui d'un équivalent diesel, plusieurs postes viennent rééquilibrer la balance :
- Énergie : le coût au kilomètre d'un camion électrique rechargé sur réseau est selon les estimations sensiblement inférieur à celui du gazole, surtout avec des tarifs industriels négociés.
- Entretien : l'absence de boîte de vitesses complexe, de système d'échappement et de nombreuses pièces d'usure réduit les interventions en atelier — un gain réel sur la durée d'exploitation.
- Immobilisation : une fiabilité accrue se traduit directement en jours de flotte disponibles supplémentaires.
À ces économies opérationnelles s'ajoute, en contexte européen, l'exemption de péage CO₂. Un avantage qui, sur des distances importantes, peut représenter plusieurs milliers d'euros par an et par véhicule.
Suisse : ce que ça change pour les transporteurs locaux
La Suisse ne dispose pas de péage CO₂ au sens strict du terme allemand, mais la pression réglementaire et fiscale sur les véhicules thermiques s'intensifie. Voici ce que les entreprises suisses ont déjà à leur disposition :
- Bonus cantonaux à l'achat : Vaud et Genève offrent chacun 3 000 CHF, Berne 2 000 CHF — des aides cumulables avec d'éventuels dispositifs fédéraux.
- Fiscalité allégée : de nombreux cantons appliquent une exonération ou une réduction significative de l'impôt sur les véhicules pour les poids lourds électriques.
- Prix d'achat compétitifs : grâce au franc fort, les véhicules importés depuis la zone euro bénéficient d'un différentiel de change favorable, réduisant l'écart de prix à l'acquisition.
- Infrastructure de recharge : les grandes agglomérations suisses sont bien équipées — réseaux SwissCharge, EVPASS et solutions privées permettent de couvrir les besoins de recharge des flottes professionnelles.
- Objectif national : avec 50 % de nouveaux véhicules électriques visés d'ici 2030, la Confédération envoie un signal clair aux acteurs économiques : la transition n'est pas une option, c'est une trajectoire.
La pression sur les importateurs pour atteindre les objectifs CO₂ fédéraux se répercute indirectement sur les entreprises de transport : anticiper l'électrification de sa flotte, c'est aussi se prémunir contre des contraintes futures potentiellement plus coûteuses.
Passez à l'action : par où commencer ?
Pour un gestionnaire de flotte suisse, la première étape est d'analyser ses cycles de transport réels : distances journalières, points de retour à la base, possibilités d'installation de bornes. La grande majorité des trajets de livraison régionale entre parfaitement dans l'autonomie des camions électriques actuels.
Ensuite, il s'agit de cumuler les avantages disponibles : bonus cantonal, réduction fiscale, et négociation d'un contrat d'énergie adapté avec un fournisseur. Sur un horizon de 5 à 7 ans, le TCO d'un poids lourd électrique devient très compétitif face au diesel — et les signaux réglementaires européens indiquent que cet avantage ne fera que se renforcer.
Ne pas agir, c'est aujourd'hui laisser un avantage concurrentiel à ses concurrents qui franchissent le pas.
D'après Elektroauto News CH