En Allemagne, la réforme du système de péage autoroutier basée sur les émissions de CO₂ a changé la donne pour les transporteurs fin 2023. Les camions électriques en sont exonérés, ce qui rééquilibre durablement leur TCO face aux motorisations diesel. Et si la France n'a pas encore de maut à proprement parler, les signaux réglementaires et fiscaux envoyés aux gestionnaires de flottes pointent dans la même direction.

Ce que révèle l'étude allemande : des transporteurs convaincus

L'Öko-Institut, think tank de référence sur la transition écologique en Allemagne, a interrogé 57 entreprises de transport exploitant des poids lourds électriques. Le résultat est sans appel : 93 % se déclarent satisfaites ou très satisfaites de leur expérience. Ce chiffre, obtenu auprès d'opérateurs en situation réelle — pas en phase de test — est particulièrement parlant.

Les avantages mis en avant par ces entreprises sont au nombre de trois : des coûts énergétiques réduits, des frais d'entretien diminués (moins de pièces mécaniques sollicitées, freinage régénératif qui préserve les plaquettes), et surtout l'exonération totale de la maut CO₂. Ce dernier point, piloté notamment par la Nationale Leitstelle Ladeinfrastruktur dirigée par Johannes Pallasch, représente une économie substantielle sur les longs trajets autoroutiers, là où les véhicules lourds diesel paient désormais une contribution carbone significative à chaque kilomètre.

La mécanique est simple : plus un véhicule émet, plus il paie. Plus il est propre, plus il est compétitif. C'est un changement de paradigme structurel pour l'industrie du transport.

France : ce que ça change pour les gestionnaires de flottes

La France ne dispose pas (encore) d'un système de péage kilométrique CO₂ pour les poids lourds à l'échelle nationale. L'écotaxe poids lourds, abandonnée en 2014, reste un souvenir douloureux. Mais le contexte réglementaire et fiscal envoie des signaux tout aussi puissants aux entreprises qui anticipent.

  • ZFE-m dans 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) : les Crit'Air 3 sont progressivement interdits à la circulation. Pour une flotte qui livre en zone urbaine, passer à l'électrique n'est plus une option, c'est une nécessité opérationnelle.
  • Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €) : un levier fiscal concret pour réduire le coût d'acquisition comptable d'un poids lourd électrique dès la première année.
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, ce qui inclut les électriques. Sur une flotte de plusieurs véhicules, la différence annuelle peut atteindre plusieurs milliers d'euros.
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer tout ou partie de l'installation de bornes de recharge en entreprise. Un poste d'investissement souvent sous-estimé dans les calculs de TCO.
  • Bonus écologique : jusqu'à 9 000 € pour les entreprises sous conditions, un coup de pouce non négligeable à l'achat.

Mis bout à bout, ces dispositifs constituent un écosystème favorable qui, sans être un péage CO₂ explicite, produit un effet économique comparable : il renchérit le diesel et allège la facture de l'électrique.

TCO : à quel moment le camion électrique devient-il rentable en France ?

Le TCO (coût total de possession) d'un poids lourd électrique reste supérieur à celui d'un diesel sur la seule base du prix d'achat. Mais la comparaison change radicalement sur 5 ans. Selon les estimations des acteurs du secteur, les économies cumulées sur l'énergie, l'entretien et les charges fiscales peuvent compenser l'écart initial — surtout pour des véhicules effectuant des tournées régulières à périmètre maîtrisé.

Le modèle économique se consolide encore davantage pour les transporteurs urbains soumis aux ZFE, qui n'ont tout simplement plus le choix : l'alternative diesel est une impasse réglementaire à horizon court.

Ce qu'il faut retenir et faire maintenant

L'expérience allemande n'est pas un cas isolé : elle préfigure ce qui se construit à l'échelle européenne. Les entreprises françaises qui intègrent dès aujourd'hui les poids lourds électriques dans leur flotte ne font pas seulement un pari environnemental — elles sécurisent leur compétitivité face à des contraintes réglementaires qui vont s'intensifier. Concrètement : cartographiez vos tournées, identifiez les véhicules les plus exposés aux ZFE et aux nouvelles fiscalités, et sollicitez votre conseiller fiscal pour activer le suramortissement et les CEE avant la prochaine clôture comptable.

D'après Elektroauto News CH

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