À partir du 1er janvier 2027, les entreprises néerlandaises paieront une taxe mensuelle de 1 % du prix catalogue pour chaque véhicule thermique ou hybride en leasing. Soit 350 € par mois pour une voiture à 35 000 €, entièrement à la charge de l'employeur. Une mesure qui, déjà à l'annonce, a provoqué une ruée vers l'électrique dans les flottes d'entreprise. En France, les signaux vont dans la même direction — même si par d'autres leviers. Tour d'horizon pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes.
Une taxe taillée pour rendre le thermique intenable
La mécanique néerlandaise est redoutablement simple : 1 % du prix officiel neuf, chaque mois, pour tout contrat de leasing portant sur un véhicule à moteur thermique ou hybride. Sur un véhicule à 35 000 €, cela représente 4 200 € de charge fiscale annuelle supplémentaire, non transférable sur le salarié. Pour un véhicule premium à 50 000 €, la note grimpe à 6 000 €/an.
La mesure s'appliquera également, à partir du 17 septembre 2030, aux contrats commencés avant 2027 : impossible donc de contourner la règle en signant à la hâte un leasing longue durée sur un diesel. Le message des pouvoirs publics néerlandais est sans ambiguïté : le thermique en flotte doit devenir économiquement dissuasif.
Les entreprises ont immédiatement réagi. Chez les petites entreprises, la part des commandes électriques est passée de 41 % à 51 % après l'annonce. Les entreprises moyennes (10 à 200 véhicules) se stabilisent autour de 60 %, tandis que les grandes entreprises bondissent de 83 % à 90 %. Ces chiffres illustrent un phénomène bien connu : un signal prix clair et crédible suffit à accélérer la transition là où la pédagogie seule échoue.
France : ce que ça change (et ce qui existe déjà)
La France n'a pas (encore) adopté une taxe de ce type sur le leasing thermique en entreprise. Mais l'arsenal fiscal et réglementaire en place crée déjà une pression croissante sur les flottes non électrifiées :
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant plus de 20 g/km sont soumis à une taxation progressive. À l'inverse, les électriques purs sont exonérés, soit un avantage compétitif immédiat sur le TCO.
- ZFE-m dans 43 agglomérations : Paris, Lyon, Marseille et d'autres métropoles restreignent progressivement la circulation des Crit'Air 3 et au-delà. Pour une flotte opérant en zone urbaine, un véhicule thermique vieillissant peut devenir inutilisable sur une part croissante du territoire commercial.
- Suramortissement de 40 % sur l'acquisition de véhicules propres : calculé sur une base plafonnée à 30 000 €, il réduit concrètement le résultat imposable des entreprises qui investissent dans l'électrique.
- Bonus écologique jusqu'à 9 000 € pour les entreprises (sous conditions), qui vient directement diminuer le coût d'acquisition ou le loyer mensuel d'un leasing électrique.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer tout ou partie des bornes de recharge installées sur les sites d'entreprise, levant l'un des principaux freins logistiques à l'électrification de flotte.
Résultat : sur un véhicule électrique à 35 000 €, un gestionnaire de flotte français peut combiner bonus entreprise, suramortissement et aide à la borne pour ramener le coût total de possession (TCO) à un niveau inférieur à celui d'un thermique équivalent sur 4 ans — selon les estimations des principaux acteurs du leasing longue durée.
Ce que les PME françaises doivent anticiper dès maintenant
L'exemple néerlandais envoie un signal fort : les États européens convergent vers une pénalisation fiscale du thermique en flotte. La France pourrait franchir ce pas lors d'une prochaine loi de finances. Les PME qui attendent le dernier moment pour migrer vers l'électrique s'exposent à une double peine : payer la taxe si elle arrive, et subir les délais de livraison si l'ensemble du marché bascule en même temps.
La stratégie gagnante consiste à entamer dès aujourd'hui un audit de flotte : identifier les véhicules en fin de contrat dans les 18 à 24 prochains mois, cartographier les usages (kilométrage, zones de circulation, accès à la recharge) et chiffrer le différentiel TCO avec les aides disponibles. Les artisans et PME opérant en ZFE ont, elles, une urgence encore plus immédiate.
La transition n'est plus une option morale — elle devient une équation financière. Et en Europe, les chiffres penchent de plus en plus du côté de l'électrique.
D'après Elektroauto News CH