Un convoi de quatre camions électriques, 1 000 kilomètres entre Paris et Berlin, et un nouveau hub de recharge inauguré en chemin : Milence vient d'envoyer un signal clair à toute l'industrie du transport européen. Pour les gestionnaires de flottes et transporteurs français, ce n'est plus une question de "si" mais de "quand" — et surtout de "comment s'y préparer".

Ce qui s'est passé : un trajet de démonstration historique

Milence, opérateur spécialisé dans la recharge à haute puissance pour poids lourds, a ouvert un nouveau parc de recharge sur l'autoroute allemande, à proximité de Kassel-Lohfelden. Pour marquer l'événement, l'entreprise a organisé un convoi de démonstration sur 1 000 kilomètres reliant Paris à Berlin.

Ce convoi n'était pas anodin dans sa composition : il réunissait des véhicules issus de quatre constructeurs majeurs — Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks. La présence de Renault, acteur historiquement ancré dans le tissu industriel français, donne une résonance particulière à cette démonstration pour les opérateurs hexagonaux.

Ce type d'exercice grandeur nature a une valeur stratégique : il prouve que les corridors de recharge longue distance pour poids lourds électriques commencent à devenir opérationnels, et que les grandes marques du secteur alignent leurs équipements en ce sens.

Infrastructure de recharge : où en est l'Europe — et la France ?

Le hub de Kassel-Lohfelden s'inscrit dans une logique de maillage progressif des grands axes européens. Les opérateurs comme Milence ciblent prioritairement les autoroutes à fort trafic de fret : les corridors Rhin-Alpes, mer du Nord-Méditerranée ou, ici, l'axe Paris-Berlin font partie des priorités.

Du côté français, le déploiement de bornes haute puissance pour camions reste encore en phase de montée en charge. Si quelques stations existent déjà sur les grands axes, la densité est loin de celle observée dans les pays du Benelux ou en Allemagne. Pour un transporteur basé à Lyon, Marseille ou Paris, la question de la recharge en itinéraire longue distance reste un frein réel à l'adoption.

C'est précisément là que des initiatives comme celle de Milence font bouger les lignes : en prouvant la faisabilité d'un trajet de 1 000 km avec des arrêts de recharge planifiés, elles créent un précédent qui accélère la confiance — et les investissements — de l'ensemble de la filière.

France : ce que ça change pour les transporteurs et gestionnaires de flottes

Pour les professionnels français du transport, ce moment charnière s'accompagne d'un contexte réglementaire et financier qui rend la transition de plus en plus incontournable :

  • ZFE-m et Crit'Air : 43 agglomérations françaises, dont Paris, Lyon et Marseille, appliquent des Zones à Faibles Émissions. Les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement interdits d'accès. Pour les flottes effectuant des tournées urbaines, le passage à l'électrique n'est plus une option.
  • Suramortissement de 40 % : les entreprises qui investissent dans des véhicules propres bénéficient d'un suramortissement fiscal de 40 % (sur une base plafonnée à 30 000 €), un levier de réduction du coût d'acquisition à ne pas négliger dans le calcul du TCO.
  • CEE pour les bornes : les Certificats d'Économie d'Énergie permettent de financer une partie des infrastructures de recharge en entreprise. Pour un dépôt de transport ou une PME logistique, c'est un coup de pouce concret sur l'investissement initial.
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ : la TVS a cédé la place à une taxe directement corrélée aux émissions. Les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, ce qui joue mécaniquement en faveur des camions électriques dans le calcul du coût d'exploitation annuel.

Sur le plan du TCO (coût total de possession), les experts du secteur estiment que le surcoût à l'achat d'un poids lourd électrique par rapport à un diesel équivalent peut être compensé, selon les usages, par des économies sur le carburant et la fiscalité — à condition que l'infrastructure de recharge soit accessible et que les aides soient correctement mobilisées. Il est conseillé de réaliser une simulation personnalisée avec son concessionnaire ou un expert en mobilité durable avant tout arbitrage.

Ce qu'il faut retenir et faire maintenant

L'inauguration du hub Milence et le succès du convoi Paris-Berlin montrent que la logistique longue distance électrique n'est plus un concept de salon. Elle devient progressivement praticable. Pour les transporteurs et PME françaises, voici les actions concrètes à enclencher :

  • Auditer sa flotte : identifier les véhicules Crit'Air 3 ou plus qui risquent des restrictions ZFE dans les 24 à 36 mois.
  • Simuler son TCO : intégrer le suramortissement, les économies fiscales liées à la nouvelle taxe CO₂ et les aides CEE pour évaluer le seuil de rentabilité réel.
  • Se rapprocher des constructeurs représentés : Renault Trucks, présent dans le convoi, dispose d'un réseau commercial dense en France — une porte d'entrée directe pour préparer un projet de transition.
  • Suivre l'évolution du maillage de recharge sur les axes que vous empruntez régulièrement : la carte des infrastructures évolue vite.

D'après Electrive EU (BE)