Un corridor de 1 000 kilomètres entre Paris et Berlin, quatre grands constructeurs de camions électriques, et une nouvelle infrastructure de recharge inaugurée en conditions réelles : Milence vient de franchir une étape symbolique mais très concrète pour le transport routier zéro émission. Pour les gestionnaires de flottes et les PME du transport basés en France, l'événement n'est pas qu'une vitrine technologique — c'est un signal de marché à intégrer dès aujourd'hui dans leurs décisions d'investissement.
Un hub de recharge opérationnel au cœur de l'Europe
Milence, le réseau de recharge dédié aux poids lourds électriques co-fondé par des acteurs majeurs du secteur, a ouvert un nouveau site de recharge pour camions sur l'autoroute à proximité de Kassel-Lohfelden, en Allemagne. Stratégiquement positionné sur l'un des axes routiers les plus fréquentés du continent, ce hub a immédiatement été mis à l'épreuve dans le cadre d'un tour de démonstration grandeur nature.
Quatre constructeurs de référence ont participé à ce parcours : Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks. Leurs camions électriques respectifs ont parcouru 1 000 kilomètres entre la capitale française et Berlin, avec une escale de validation sur le nouveau site de Kassel-Lohfelden. Le message est clair : la longue distance en poids lourd électrique n'est plus un concept de laboratoire.
Décryptage du corridor Paris-Berlin : ce que les chiffres nous disent
Réaliser 1 000 km en camion électrique nécessite une infrastructure de recharge fiable, rapide et suffisamment dense. Le fait que quatre constructeurs concurrents aient emprunté le même couloir en conditions réelles valide plusieurs hypothèses clés :
- L'autonomie des véhicules progresse suffisamment pour envisager des tournées longue distance avec des arrêts recharge planifiés, sans rupture de charge.
- La standardisation des connecteurs (CCS2 pour la majorité des poids lourds européens) commence à porter ses fruits sur les infrastructures partagées.
- Le modèle hub autoroutier — plutôt que la recharge exclusive sur site privé — gagne en crédibilité pour les transporteurs qui n'ont pas la main sur l'ensemble du tracé.
Selon les estimations sectorielles, une session de recharge rapide pour un camion électrique sur ce type d'installation se situe entre 30 et 45 minutes pour récupérer une autonomie significative, compatible avec les obligations de pause conducteur imposées par la réglementation européenne. Une synergie opérationnelle non négligeable.
France : ce que ça change pour les transporteurs et gestionnaires de flottes
La France se trouve en position de départ du corridor démontré par Milence. Ce n'est pas un hasard : Paris est l'un des marchés les plus sous pression réglementaire d'Europe en matière d'émissions du transport routier.
Plusieurs leviers rendent le passage au camion électrique de plus en plus urgent et financièrement défendable pour les opérateurs français :
- ZFE-m dans 43 agglomérations : les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement exclus des zones de livraison urbaines à Paris, Lyon, Marseille et ailleurs. Pour les flottes réalisant des tournées urbaines ou périurbaines, le basculement vers l'électrique n'est plus une option à long terme — c'est un calendrier à respecter.
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €) : un avantage fiscal direct qui améliore significativement le TCO sur 5 ans d'un poids lourd électrique.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : les entreprises qui installent des bornes de recharge pour leur flotte peuvent mobiliser ce dispositif pour financer une partie de l'infrastructure, réduisant ainsi le ticket d'entrée.
- Taxe annuelle sur émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fiscal structurel, particulièrement notable pour les flottes de taille moyenne.
Sur le plan du TCO, les gestionnaires de flottes français doivent intégrer un paramètre supplémentaire : le coût de l'énergie en recharge publique rapide reste supérieur à la recharge sur site privé. La multiplication d'hubs comme celui de Milence devrait, selon les estimations des opérateurs, favoriser une normalisation tarifaire à moyen terme — mais il est prudent de bâtir ses projections sur les tarifs actuels.
Conclusion : passer à l'action avant que la contrainte ne s'impose
L'inauguration du hub Milence et le succès du corridor Paris-Berlin envoient un signal fort : l'écosystème du poids lourd électrique longue distance est en train de se consolider. Pour les PME et artisans du transport basés en France, la fenêtre d'optimisation fiscale est ouverte — suramortissement, CEE, avantage CO₂ — mais elle ne le restera pas indéfiniment.
La démarche concrète : cartographier dès maintenant les tournées éligibles à l'électrique (moins de 400 km/jour en priorité), identifier les constructeurs présents sur ce corridor (Renault Trucks, Volvo, MAN, Daimler Truck), et solliciter un bilan TCO comparatif auprès de votre concessionnaire ou d'un cabinet spécialisé en transition de flotte.
D'après Electrive EU (BE)