Honda vient d'officialiser l'abandon de son ambitieux projet d'investissement de 15 milliards de dollars dans une chaîne de valeur VE au Canada. Un coup de tonnerre industriel qui traduit les turbulences profondes du secteur électrique mondial. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en France, ce signal mérite d'être décrypté : entre recomposition de l'offre constructeur et maintien d'un cadre réglementaire hexagonal qui, lui, n'attend pas.
Ce qu'il s'est passé : l'annulation d'un projet pharaonique
Il y a deux ans à peine, Honda annonçait en grande pompe un investissement de 15 milliards de dollars canadiens destiné à transformer ses sites de production en Ontario. Le projet comprenait des usines de véhicules électriques et de batteries à Alliston, ainsi que d'autres installations à des emplacements non divulgués dans la province. À la clé : la création de 1 000 emplois directs et le positionnement de Honda comme acteur incontournable de la filière VE nord-américaine.
Dès mai de l'année précédente, le constructeur avait déjà évoqué une "pause" dans ses plans, promettant une réévaluation deux ans plus tard. La sentence est finalement tombée la semaine précédant la publication de cette information : le projet est suspendu indéfiniment. Honda précise par ailleurs qu'aucune des subventions gouvernementales promises n'a été versée. Le contexte financier éclaire cette décision : le groupe a enregistré une perte annuelle de 3,68 milliards de dollars, une première dans son histoire depuis sa fondation.
Un marché VE mondial sous tension : ce que cela révèle
La décision de Honda n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de révision à la baisse des ambitions électriques de plusieurs constructeurs majeurs face à une demande mondiale qui, si elle progresse, ne décolle pas aussi vite que prévu. La pression sur les marges, la compétition exacerbée des fabricants asiatiques — notamment chinois — et l'incertitude réglementaire sur plusieurs marchés créent un environnement où les investissements massifs dans de nouveaux sites de production sont perçus comme des risques difficiles à assumer.
Pour les professionnels français, cela se traduit par une réalité concrète : l'offre de véhicules électriques pourrait se consolider autour d'un nombre réduit de modèles et de constructeurs vraiment engagés, rendant d'autant plus stratégique le choix de son fournisseur de flotte pour les prochaines années.
France : ce que ça change pour votre flotte professionnelle
Contrairement aux décisions industrielles des constructeurs, le cadre réglementaire français, lui, avance à son propre rythme — et il est contraignant. Les gestionnaires de flottes ne peuvent pas se permettre d'attendre que le marché se stabilise.
- ZFE-m : 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) sont concernées par les Zones à Faibles Émissions. Les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement interdits de circulation. Un utilitaire diesel de plus de six ans est déjà dans le viseur.
- Bonus écologique : jusqu'à 9 000 € pour les entreprises (sous conditions), un levier direct sur le TCO à l'achat. Pour les particuliers, le plafond atteint 7 000 €.
- Suramortissement : les entreprises peuvent déduire 40 % supplémentaires sur l'amortissement des véhicules propres (base plafonnée à 30 000 €), réduisant mécaniquement le coût fiscal de la transition.
- Leasing social : à partir de 100 €/mois pour les ménages modestes éligibles, une piste à explorer pour les artisans en statut individuel.
- CEE : les Certificats d'Économie d'Énergie permettent de financer partiellement l'installation de bornes de recharge en entreprise — un poste souvent sous-estimé dans le calcul du TCO.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ : l'ancienne TVS a été remplacée par une taxe avantageuse pour les véhicules émettant moins de 20 g/km de CO₂, soit tous les VE du marché.
En additionnant bonus à l'achat, suramortissement et économies sur la taxe annuelle, le coût total de possession (TCO) d'un VE professionnel peut s'avérer compétitif face à un thermique équivalent sur 4 à 5 ans, selon les estimations sectorielles — et ce, même dans un contexte de prix d'achat encore élevés.
Conclusion : ne pas attendre que les constructeurs décident à votre place
La suspension du projet Honda illustre une vérité du marché : les constructeurs naviguent à vue. Mais en France, les contraintes réglementaires, elles, sont sur des rails. PME, artisans, gestionnaires de flottes : attendre une hypothétique stabilisation de l'offre VE est une stratégie risquée face à des ZFE qui s'élargissent et des avantages fiscaux qui peuvent évoluer.
La bonne démarche ? Auditer dès maintenant la composition de votre flotte, identifier les véhicules exposés aux restrictions ZFE, et calculer votre TCO VE en intégrant les aides actuelles — avant qu'elles ne soient revues à la baisse. Plusieurs experts-comptables et cabinets spécialisés en gestion de flotte proposent ce type de diagnostic, souvent gratuit pour un premier rendez-vous.
D'après Electric Autonomy CA