Pour un commercial qui boucle 40 000 km par an ou un artisan dont le véhicule est son principal outil de travail, chaque centime au kilomètre compte. La voiture électrique, longtemps perçue comme un choix militant ou urbain, s'impose désormais comme un argument financier solide pour les gros rouleurs professionnels. À condition de bien maîtriser les leviers disponibles en France.
Le carburant : le premier poste d'économies, et de loin
C'est le poste le plus visible et le plus immédiat. Un véhicule thermique essence ou diesel consomme en moyenne entre 6 et 8 litres aux 100 km selon les estimations pour un usage professionnel mixte. À des prix à la pompe qui oscillent régulièrement autour de 1,80 €/litre, le budget carburant annuel d'un professionnel roulant 40 000 km peut facilement dépasser les 5 000 €.
Du côté de l'électrique, le coût de recharge — essentiellement effectuée au domicile ou sur site professionnel — tourne selon les estimations autour de 2 à 3 € aux 100 km en tarif heures creuses. Sur 40 000 km, l'économie annuelle sur le seul poste énergie peut donc atteindre plusieurs milliers d'euros. À cela s'ajoutent des frais d'entretien réduits : pas de vidange, moins de freinage mécanique, pas de courroie de distribution.
TCO : le vrai calcul que tout professionnel doit faire
Le coût total de possession (TCO) est la boussole des gestionnaires de flotte avisés. Il intègre le prix d'achat, le financement, l'assurance, l'énergie, l'entretien et la valeur résiduelle. Or sur ce terrain, l'électrique progresse rapidement.
- Prix d'achat : un véhicule électrique reste plus onéreux à l'achat qu'un thermique équivalent, mais l'écart se réduit d'année en année.
- Valeur résiduelle : elle s'améliore sensiblement à mesure que la demande en occasion électrique progresse.
- Entretien : selon les estimations sectorielles, les coûts de maintenance d'un VE sont inférieurs de 30 à 40 % à ceux d'un thermique sur la durée.
- Assurance : encore comparable, voire légèrement supérieure, mais de plus en plus d'assureurs adaptent leurs grilles tarifaires.
Pour un professionnel grand rouleur, le point d'équilibre du TCO — le moment où l'électrique devient moins cher en coût global — se rapproche significativement à mesure que le kilométrage annuel augmente.
France : ce que ça change pour les professionnels
Le contexte réglementaire et fiscal français crée un environnement particulièrement favorable à la transition pour les professionnels :
- Bonus écologique : jusqu'à 9 000 € pour les entreprises éligibles à l'achat d'un véhicule électrique, sous conditions de revenus et de prix d'achat plafonné. Un levier d'entrée non négligeable.
- Suramortissement de 40 % : les entreprises peuvent déduire fiscalement 140 % du prix d'achat (base plafonnée à 30 000 €) pour tout véhicule propre inscrit à l'actif. Un avantage comptable direct sur l'impôt sur les sociétés.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ : l'ancienne TVS a évolué en une taxe directement indexée sur les émissions. Les véhicules émettant moins de 20 g/km (soit l'essentiel des VE) en sont pratiquement exonérés, contrairement aux diesels de flotte encore très répandus.
- ZFE-m : dans les 43 agglomérations françaises soumises aux Zones à Faibles Émissions, les Crit'Air 3 sont progressivement interdits. Pour un artisan ou un livreur opérant en zone urbaine, anticiper ce basculement n'est plus une option.
- CEE pour les bornes : les Certificats d'Économie d'Énergie permettent de financer en partie l'installation de bornes de recharge sur site professionnel, réduisant encore le coût de passage à l'électrique.
Concrètement, par où commencer ?
Pour une PME ou un artisan qui souhaite franchir le pas, voici une approche structurée :
- Calculez votre kilométrage réel annuel et identifiez les trajets types : longue distance quotidienne ou déplacements urbains fréquents ?
- Simulez votre TCO sur 4 ans minimum en intégrant bonus, suramortissement et économies d'énergie estimées.
- Vérifiez votre éligibilité aux aides sur le site officiel de l'ADEME ou via un conseiller en mobilité durable.
- Anticipez la recharge : une borne sur site professionnel, financée partiellement par les CEE, est souvent la clé de la rentabilité.
La transition vers l'électrique n'est plus réservée aux grandes flottes. Pour tout professionnel roulant plus de 25 000 km par an en France, le calcul mérite d'être posé sérieusement — et rapidement, au vu des évolutions réglementaires à venir.
D'après Automobile Propre