Un véhicule électrique passe 95 % de son temps à l'arrêt. Cette statistique, souvent ignorée, est sur le point de devenir un levier économique majeur pour les entreprises. Avec l'obligation européenne de la norme ISO 15118-20 dès janvier 2027 et une commercialisation envisagée en Allemagne dès mi-2026, le chargement bidirectionnel sort du laboratoire pour entrer dans la réalité des flottes professionnelles. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en Suisse, il est temps de comprendre ce que cela implique — et comment en tirer parti.
Qu'est-ce que le chargement bidirectionnel et pourquoi est-ce un tournant ?
Le chargement bidirectionnel — ou Vehicle-to-Grid (V2G) dans sa version la plus avancée — permet à un véhicule électrique non seulement d'absorber de l'énergie du réseau, mais aussi de la restituer. Concrètement, une batterie de voiture électrique stationnée peut alimenter un bâtiment (V2B), un autre véhicule (V2V) ou le réseau électrique national (V2G).
Pour illustrer l'ampleur du potentiel : en Allemagne, la capacité cumulée des batteries des voitures électriques en circulation dépasse dix fois la puissance installée de l'ensemble des barrages de retenue du pays, soit plus de 40 gigawatts. C'est un stock d'énergie colossal, aujourd'hui largement inexploité. La standardisation via la norme ISO 15118-20 est précisément ce qui permettra de l'activer à grande échelle, en imposant un protocole de communication commun entre véhicules, bornes et gestionnaires de réseau.
Le calendrier réglementaire européen : ce que les entreprises doivent retenir
À partir du 1er janvier 2027, la norme ISO 15118-20 devient obligatoire dans l'Union européenne pour toutes les stations de recharge publiques et la majorité des installations privées construites ou rénovées après cette date. En Allemagne, le VDE (association des ingénieurs électriciens) a déjà publié une directive technique encadrant le raccordement des unités d'injection au réseau basse tension. La Bundesnetzagentur, l'agence fédérale des réseaux, est chargée de faire respecter la norme — avec un pouvoir d'interdire l'exploitation en cas de violation.
Côté marché, les premières offres commerciales bidirectionnelles pourraient voir le jour dès le milieu de l'année 2026 en Allemagne, ce qui signifie que les équipements compatibles seront disponibles à l'achat ou en leasing bien avant l'échéance réglementaire de 2027.
Suisse : ce que ça change pour les PME et gestionnaires de flottes
La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle s'aligne historiquement sur les standards européens en matière de mobilité et d'infrastructure électrique. Le réseau de recharge, déjà dense dans les grandes agglomérations grâce à des opérateurs comme SwissCharge ou EVPASS, devra évoluer pour intégrer la compatibilité bidirectionnelle. Les nouvelles installations seront naturellement concernées par les standards ISO 15118-20 adoptés par les fabricants de bornes européens.
Pour une PME ou un artisan suisse qui envisage d'électrifier sa flotte, plusieurs leviers financiers rendent cet investissement d'autant plus pertinent :
- Bonus cantonaux à l'achat : jusqu'à 3 000 CHF dans les cantons de Vaud et Genève, 2 000 CHF dans le canton de Berne
- Exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons suisses
- CHF fort : les véhicules importés de la zone euro bénéficient d'une compétitivité accrue à l'achat
- Des objectifs fédéraux ambitieux — 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 — qui orientent les politiques d'accompagnement à venir
Sur le plan du coût total de possession (TCO), le potentiel du bidirectionnel est significatif : un véhicule de flotte stationné la nuit dans un dépôt pourrait, selon les estimations sectorielles, contribuer à réduire la facture énergétique du bâtiment ou générer des revenus via des services d'équilibrage réseau — des services pour lesquels les gestionnaires de réseau suisses manifestent un intérêt croissant. Le chiffrage précis reste à affiner selon les contrats d'énergie locaux, mais la direction est claire : le véhicule électrique devient un actif énergétique, pas seulement un outil de déplacement.
Ce qu'il faut faire dès maintenant
Concrètement, les entreprises suisses ont tout intérêt à anticiper dès aujourd'hui plutôt que de subir la transition en urgence. Voici les actions prioritaires :
- Auditer les infrastructures de recharge existantes : sont-elles compatibles ou compatibilisables avec la norme ISO 15118-20 ?
- Intégrer le critère bidirectionnel dans les appels d'offres pour toute nouvelle borne installée en 2025-2026
- Se rapprocher de son gestionnaire de réseau cantonal pour explorer les possibilités de contrats V2G ou V2B
- Cumuler les aides disponibles dès l'achat des véhicules pour amortir plus rapidement le surcoût éventuel lié aux modèles bidirectionnels
Le chargement bidirectionnel n'est plus une promesse lointaine : c'est une réalité réglementaire en marche. Les flottes qui s'y préparent maintenant disposeront d'un avantage compétitif tangible — en matière de coûts, de flexibilité énergétique et de conformité — dès 2026.
D'après Elektroauto News CH