Et si votre voiture électrique vous rapportait de l'argent pendant qu'elle dort dans le garage ? C'est exactement la promesse du chargement bidirectionnel : recharger votre véhicule et lui permettre de réinjecter de l'électricité dans votre maison ou dans le réseau. L'Allemagne vient de lever les principaux obstacles réglementaires et fiscaux à cette technologie — une avancée qui annonce une révolution concrète pour les propriétaires de VE (véhicule électrique) en Suisse aussi.
Votre voiture garée, c'est de l'énergie qui dort
Une voiture reste immobilisée 95 % de son temps. Trajet du matin, courses du week-end, puis stationnement prolongé : pendant tout ce temps, la batterie de votre VE ne fait rien. Or, les batteries des voitures électriques représentent un gigantesque réservoir d'énergie. Pour donner une idée de l'échelle : en Allemagne, la capacité cumulée de toutes les batteries de véhicules électriques dépasse dix fois celle de l'ensemble des barrages de pompage-turbinage du pays (soit 40 gigawatts de stockage). Ce potentiel est aujourd'hui inexploité chez presque tous les particuliers.
Le chargement bidirectionnel change la donne : votre voiture peut absorber de l'électricité quand elle est bon marché (la nuit, par exemple) et la restituer à votre maison ou au réseau aux heures de pointe. On parle de V2H (Vehicle-to-Home, véhicule vers la maison) ou de V2G (Vehicle-to-Grid, véhicule vers le réseau).
Le cadre réglementaire européen qui arrive droit sur vous
Pour que tout cela fonctionne, il faut que les bornes et les voitures « parlent » le même langage. C'est justement ce que prévoit la norme ISO 15118-20, qui deviendra obligatoire dans toute l'Union européenne à partir du 1er janvier 2027. Elle s'appliquera aux stations de recharge publiques et à la grande majorité des installations privées construites ou rénovées après cette date.
Du côté de la surveillance, en Allemagne, la Bundesnetzagentur (l'agence fédérale des réseaux) est chargée de contrôler la conformité des bornes et peut ordonner des mises à niveau, voire interdire l'exploitation des équipements non conformes. Une norme technique du VDE (association allemande des ingénieurs électriciens) encadre désormais précisément comment raccorder les unités d'injection au réseau basse tension. Autre point notable : les véhicules qui réinjectent de l'électricité sont officiellement classés comme installations de production d'électricité — ce qui a des implications fiscales et administratives importantes.
La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle s'aligne historiquement sur les normes techniques européennes. Il est très probable que les équipements vendus en Suisse après 2027 intègreront ce standard de facto.
Suisse : ce que vous gagnez (ou perdez)
La Suisse dispose d'un contexte particulièrement favorable à l'adoption du VE. De nombreux cantons offrent des bonus à l'achat : 3 000 CHF à Vaud et Genève, 2 000 CHF à Berne, par exemple. Sans oublier les exonérations ou réductions de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons. Le franc fort rend également les VE importés de la zone euro compétitifs à l'achat.
Côté recharge, le réseau est dense dans les grandes agglomérations (SwissCharge, EVPASS…), ce qui est rassurant même si vous n'avez pas de borne à domicile. La Suisse vise 50 % de nouvelles immatriculations électriques d'ici 2030.
Pour le bidirectionnel spécifiquement, la question fiscale reste à clarifier en droit suisse : si votre voiture devient officiellement une « installation de production », des obligations déclaratives pourraient apparaître. Rien n'est figé à ce stade — c'est un point à suivre de près avec votre canton.
Profil : couple avec 2 enfants, ~12 000 km/an, VE de 60 kWh de batterie, borne bidirectionnelle installée à domicile.
Situation recharge : charge nocturne au tarif bas (selon les estimations, environ 0,18 CHF/kWh en heures creuses), revente ou autoconsommation aux heures de pointe (tarif estimé à ~0,28 CHF/kWh).
Calcul simplifié : en stockant et restituant quotidiennement ~10 kWh, la différence de tarif génère une économie théorique d'environ 10 × 0,10 CHF × 250 jours = 250 CHF/an. À cela s'ajoute le bonus cantonal vaudois de 3 000 CHF à l'achat — soit un retour sur investissement accéléré sur la borne bidirectionnelle (dont le surcoût par rapport à une borne classique est selon les estimations de l'ordre de 500 à 1 500 CHF).
Concrètement, qu'est-ce que je fais ?
- Vérifiez votre éligibilité aux bonus cantonaux avant tout achat : rendez-vous sur votre espace membres Moteurs.com pour recevoir des alertes personnalisées selon votre canton de résidence.
- Anticipez la norme 2027 : si vous installez ou rénovez une borne à domicile dans les prochains mois, demandez explicitement à l'installateur si l'équipement est compatible ISO 15118-20 ou prévu pour l'être. Un investissement aujourd'hui peut vous éviter un remplacement dans deux ans.
- Simulez votre économie réelle : utilisez le simulateur Moteurs.com pour estimer votre coût total de possession et voir si le bidirectionnel améliore le calcul selon votre profil de conduite.
D'après Elektroauto News CH