Le signal est fort et vient directement de Bruxelles : des parlementaires européens sociaux-démocrates portent un projet de suppression des avantages fiscaux accordés aux véhicules de société à combustion fossile, avec une entrée en vigueur envisagée dès 2028. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes belges, ce débat européen ne reste pas abstrait : il s'imbrique dans un cadre fiscal national déjà en transformation accélérée, où chaque décision d'achat de véhicule professionnel peut peser lourd sur le bilan.
Ce que prévoit l'initiative européenne
Aujourd'hui en Allemagne — souvent prise comme baromètre de la politique automobile européenne — les véhicules électriques purs dont le prix catalogue ne dépasse pas 100 000 euros sont imposés à hauteur de seulement 0,25 % de leur valeur comme avantage en nature. En face, les motorisations thermiques restent soumises à la règle classique du 1 %, soit quatre fois plus. Cette disparité volontariste, conçue pour accélérer l'électrification des flottes, pourrait bientôt devenir la norme à l'échelle de l'Union.
L'initiative envisagée au Parlement européen vise à supprimer largement les allègements fiscaux accordés aux véhicules de société fossiles à partir de 2028. En parallèle, une clause « Fabriqué en Europe » est discutée pour conditionner les futures aides aux véhicules électriques produits sur le sol européen — un signal industriel autant que fiscal. Les hybrides rechargeables, eux, bénéficient encore de certains avantages sous conditions, mais leur sort dans ce nouveau cadre reste à préciser.
Ce débat intervient paradoxalement alors que Berlin et Bruxelles discutent aussi d'un possible assouplissement de l'interdiction des moteurs thermiques après 2035, créant une incertitude réglementaire que les gestionnaires de flotte doivent anticiper dès aujourd'hui.
Belgique : ce que ça change pour votre entreprise
La Belgique n'attend pas 2028 pour envoyer ses propres signaux. Le cadre fiscal local est déjà structuré pour favoriser massivement l'électrique en entreprise :
- Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 — contre une déductibilité en baisse progressive et plafonnée pour les thermiques.
- Avantage de toute nature (ATN) fortement réduit pour les voitures de société électriques, allégeant la charge sur le salaire net du collaborateur.
- Prime PIVERT en Wallonie : jusqu'à 4 500 € pour l'achat d'un véhicule électrique neuf.
- Prime régionale à Bruxelles : jusqu'à 4 000 € pour un véhicule électrique.
- Prime Ecoscore en Flandre : progressive selon le niveau d'émissions du véhicule.
À cela s'ajoutent les LEZ (Low Emission Zones) déjà actives à Bruxelles, Anvers et Gand, dont l'extension est prévue — une contrainte opérationnelle directe pour les flottes qui circulent en zone urbaine. Et dès 2030, les entreprises auront l'obligation de déployer une infrastructure de recharge sur site. Autant d'éléments qui pèsent sur le TCO (coût total de possession) à moyen terme.
TCO : l'électrique déjà gagnant pour les flottes belges ?
Quand on intègre l'ensemble des leviers disponibles, l'équation financière penche nettement en faveur de l'électrique pour une entreprise belge qui renouvelle sa flotte aujourd'hui. Prenons un cas concret : un véhicule électrique à 40 000 € acheté en Wallonie avant fin 2027 bénéficie d'une déductibilité à 100 % (soit jusqu'à ~13 000 € d'économie d'impôt selon le taux IS), d'une prime PIVERT pouvant atteindre 4 500 €, d'un ATN réduit pour le bénéficiaire, et d'un coût énergétique à la recharge sensiblement inférieur au carburant fossile. Face à un thermique équivalent dont la déductibilité est limitée, soumis à un ATN plus élevé et exclu des zones LEZ à terme, l'avantage TCO de l'électrique sur 4 à 5 ans est significatif — selon les estimations du secteur, potentiellement entre 8 000 et 15 000 € selon l'usage.
Si la mesure européenne de 2028 se concrétise, cet écart se creusera encore davantage pour les entreprises qui n'auraient pas anticipé la transition.
Ce qu'il faut faire maintenant
L'addition de signaux réglementaires — européens et belges — dessine une trajectoire claire : attendre n'est plus une stratégie neutre. Voici les actions prioritaires pour les professionnels belges :
- Auditer votre flotte actuelle : identifier les véhicules thermiques dont le renouvellement approche et planifier la bascule avant la fin des avantages fiscaux maximaux (2027 en Belgique).
- Vérifier votre éligibilité aux primes régionales selon votre siège social et zones d'activité (Wallonie, Bruxelles, Flandre).
- Anticiper l'obligation de recharge en entreprise dès 2030 : intégrer ce coût dans votre plan d'investissement dès maintenant pour lisser la charge.
- Suivre l'évolution de la clause "Fabriqué en Europe" : elle pourrait conditionner les futurs avantages à l'origine de fabrication du véhicule électrique.
D'après Elektroauto News CH