Bruxelles prépare un coup de balai fiscal majeur : les avantages liés aux voitures de société pourraient bientôt être conditionnés à l'usage d'un véhicule électrique fabriqué en Europe. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en Suisse, ce signal — même indirect — mérite une lecture attentive. La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais son économie et ses pratiques fiscales entretiennent des liens étroits avec celles de ses voisins européens.

Ce que Bruxelles a sur la table

La réforme envisagée par l'Union européenne vise à éliminer progressivement les avantages fiscaux accordés aux véhicules thermiques dans le cadre des flottes d'entreprises. Seuls les véhicules électriques, et plus précisément ceux assemblés sur sol européen, pourraient continuer à bénéficier de ces dispositifs avantageux — déductibilité, amortissement accéléré, avantage en nature réduit.

L'objectif est double : accélérer la transition énergétique du parc automobile professionnel et soutenir l'industrie automobile européenne face à la concurrence asiatique. Des millions de véhicules de société circulent dans l'UE, et leur renouvellement représente un levier considérable pour décarboner les transports routiers à court terme.

Si le calendrier et les modalités précises restent à définir, le cap est clairement posé : un véhicule thermique de société ne sera plus fiscalement neutre dans les années à venir.

Suisse : ce que ça change pour votre flotte

La Suisse dispose de son propre cadre réglementaire, mais plusieurs dynamiques convergent avec la trajectoire européenne. D'abord, l'objectif fédéral de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 impose déjà une pression sur les importateurs via les objectifs CO₂ nationaux. Ensuite, de nombreux cantons ont mis en place des avantages fiscaux directs sur les véhicules électriques :

  • Canton de Vaud : bonus à l'achat de 3 000 CHF
  • Canton de Genève : bonus à l'achat de 3 000 CHF
  • Canton de Berne : bonus à l'achat de 2 000 CHF
  • Exonération ou réduction de l'impôt cantonal sur les véhicules dans de nombreuses autres régions

Pour une PME ou un artisan qui gère plusieurs véhicules, ces économies sont loin d'être anecdotiques. Sur une flotte de cinq véhicules dans le canton de Vaud, cela représente déjà 15 000 CHF d'économies directes à l'achat, avant même de calculer le différentiel de coûts d'exploitation.

Par ailleurs, le CHF fort joue en faveur des acheteurs suisses : les véhicules électriques importés de la zone euro sont structurellement moins chers pour un acquéreur helvétique, ce qui compense une partie de la prime à l'achat souvent évoquée. Enfin, le réseau de recharge s'est densifié dans les grandes agglomérations (SwissCharge, EVPASS…), rendant le passage à l'électrique opérationnellement crédible pour une majorité d'usages professionnels.

TCO : les chiffres qui font basculer la décision

Le coût total de possession (TCO) est le vrai arbitre dans toute décision de flotte. Sur un véhicule professionnel roulant selon les estimations entre 25 000 et 40 000 km par an, les économies sur le carburant et l'entretien d'un VE par rapport à un thermique équivalent peuvent atteindre plusieurs milliers de francs annuels. Ajoutez à cela une fiscalité cantonale allégée, des avantages à l'achat et une dépréciation qui tend à se stabiliser sur les modèles électriques matures, et le calcul devient rapidement favorable.

À l'inverse, si la tendance européenne se confirme et que les avantages fiscaux des thermiques sont progressivement supprimés, les entreprises suisses qui ont des activités transfrontalières — ou des filiales dans l'UE — pourraient se retrouver doublement pénalisées si elles maintiennent des flottes thermiques.

Ce que vous devriez faire maintenant

Ne pas attendre que la réforme européenne soit définitive pour agir. Les signaux sont suffisamment clairs pour intégrer dès aujourd'hui la transition électrique dans votre plan de renouvellement de flotte. Voici les actions prioritaires :

  • Auditer votre flotte actuelle et identifier les véhicules en fin de cycle à remplacer en priorité
  • Renseigner les aides disponibles dans votre canton avant tout achat — les bonus sont souvent soumis à des conditions de revenus ou de délais
  • Comparer le TCO sur 4 ans entre un modèle thermique et son équivalent électrique en intégrant les aides locales
  • Évaluer votre infrastructure de recharge sur site (parking d'entreprise, dépôt) pour anticiper les besoins en équipement

La réforme européenne n'est pas encore adoptée, mais elle dessine clairement la direction. Pour les entreprises suisses, se positionner tôt sur l'électrique, c'est sécuriser un avantage compétitif fiscal et opérationnel durable.

D'après Automobile Propre