Une nouvelle étape concrète vient d'être franchie dans l'électrification du transport routier européen : Milence inaugure une station de recharge pour camions électriques sur l'autoroute allemande, près de Kassel-Lohfelden, validée par un tour de démonstration de 1 000 km entre Paris et Berlin. Pour les gestionnaires de flottes et les PME belges qui opèrent sur les corridors internationaux, ce signal mérite attention.

Milence et le corridor Paris-Berlin : de quoi parle-t-on ?

Milence est une coentreprise dédiée exclusivement à la recharge de camions électriques à grande échelle. Sa nouvelle station, implantée près de Kassel-Lohfelden sur une autoroute allemande, est conçue pour accueillir des poids lourds en transit — pas uniquement des véhicules légers ou utilitaires.

Pour valider le concept en conditions réelles, quatre constructeurs majeurs ont engagé leurs camions électriques sur le parcours Paris-Berlin : Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks. Ce tour de démonstration sur 1 000 kilomètres est un signal fort : les quatre acteurs dominants du marché européen du poids lourd misent collectivement sur la faisabilité des longues distances en électrique. Ce n'est plus de la prospective, c'est de l'opérationnel.

Pour la Belgique, géographiquement positionnée au cœur du triangle Paris-Amsterdam-Cologne, ce type d'infrastructure autoroutière constitue une brique essentielle pour que les transporteurs belges envisagent sereinement le passage à l'électrique sur leurs liaisons transfrontalières.

Infrastructure de recharge : où en est le maillage en Europe ?

L'initiative de Milence s'inscrit dans un effort plus large de déploiement d'un réseau de recharge à haute puissance le long des grands axes européens. Le règlement AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation), en vigueur dans toute l'UE, impose aux États membres d'équiper les corridors du réseau transeuropéen de transport (RTE-T) en bornes adaptées aux poids lourds d'ici 2025-2030.

En pratique, la Belgique est traversée par plusieurs corridors RTE-T stratégiques (E40, E19, E313), ce qui place les opérateurs belges dans une position favorable : selon les estimations sectorielles, le maillage autoroutier autour d'Anvers, Liège et Bruxelles devrait s'intensifier significativement d'ici 2027. Mais l'attente reste réelle sur le terrain, et la démonstration Milence rappelle que l'Allemagne prend de l'avance.

Pour les PME belges du transport, cela signifie qu'il est aujourd'hui possible de planifier des trajets électriques vers l'Allemagne, à condition de soigner la gestion des arrêts de recharge. Les outils de planification d'itinéraire propres aux camions électriques (intégrés chez Volvo, Daimler ou MAN) permettent déjà d'anticiper ces étapes.

Belgique : ce que ça change pour les flottes et les entreprises

Pour un gestionnaire de flotte ou un artisan-transporteur belge, la vraie question est celle du TCO (coût total de possession). Et sur ce point, le contexte fiscal belge est aujourd'hui parmi les plus favorables d'Europe :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour tout véhicule zéro émission acheté jusqu'en 2027 — un avantage décisif sur le plan comptable.
  • Avantage en nature (ATN) fortement réduit pour les voitures de société électriques, rendant ces véhicules bien plus attractifs dans les packages salariaux.
  • En Wallonie, la prime PIVERT peut atteindre 4 500 € pour un véhicule électrique neuf.
  • À Bruxelles, une prime régionale jusqu'à 4 000 € est accessible sous conditions.
  • En Flandre, le système Ecoscore récompense progressivement les véhicules selon leurs émissions réelles.

À ces aides s'ajoutent deux contraintes réglementaires à intégrer dès maintenant dans votre stratégie : les LEZ (Low Emission Zones) à Bruxelles, Anvers et Gand — dont l'extension est programmée — excluront progressivement les véhicules diesel des centres urbains. Et à partir de 2030, les entreprises auront l'obligation de disposer d'une infrastructure de recharge sur site. Autrement dit, anticiper dès aujourd'hui, c'est éviter une double dépense contrainte demain.

Sur le plan du TCO pur, les économies à l'usage (énergie électrique moins coûteuse que le gazole, entretien moteur réduit) compensent selon les estimations l'investissement initial en 4 à 7 ans pour un usage intensif. Avec la déductibilité à 100 %, cette période de retour se raccourcit sensiblement.

Ce qu'il faut retenir et faire maintenant

L'inauguration de la station Milence et la démonstration Paris-Berlin envoient un message clair : le transport longue distance en camion électrique n'est plus une promesse, c'est une réalité opérationnelle en construction rapide. Pour les entreprises belges, la fenêtre d'opportunité fiscale (déductibilité à 100 % jusqu'en 2027) crée une incitation temporelle forte à agir avant que les avantages ne s'amenuisent.

Trois actions concrètes à engager dès maintenant :

  • Auditer votre flotte et identifier les véhicules éligibles au remplacement électrique d'ici 2027.
  • Vérifier votre éligibilité aux primes régionales (PIVERT en Wallonie, prime bruxelloise, Ecoscore en Flandre).
  • Anticiper l'obligation 2030 en planifiant dès aujourd'hui l'installation de bornes de recharge sur votre site.

D'après Electrive EU (BE)