Vous avez opté pour un hybride rechargeable — ou vous y pensiez — en vous fiant aux émissions affichées sur la fiche technique ? Une étude de l'ICCT (International Council on Clean Transportation, un organisme indépendant spécialisé dans l'analyse des transports) vient de doucher cet optimisme : l'écart entre les émissions réelles et les chiffres officiels a bondi de 265 % à 400 % entre 2021 et 2023. En clair, votre véhicule pollue peut-être quatre fois plus que ce que la carte grise laisse entendre. Et pour vous, conducteur en Suisse, les conséquences sont très concrètes.

Pourquoi cet écart est-il aussi énorme ?

Un PHEV (Plug-in Hybrid Electric Vehicle, c'est-à-dire un hybride rechargeable sur prise secteur) est homologué selon un protocole de test en laboratoire. Ce test suppose que la batterie est rechargée régulièrement et que le moteur électrique est utilisé au maximum. Dans la vraie vie, c'est souvent une autre histoire : si vous ne branchez pas votre voiture chaque soir, ou si vous faites surtout de longs trajets autoroutiers, le moteur thermique prend le relais et les émissions s'envolent.

L'étude couvre les immatriculations européennes de 2021 à 2023. Elle révèle que l'écart s'est aggravé d'environ 50 % sur ces trois années. Le cas le plus frappant : Mercedes, marque la plus vendue en PHEV en Europe sur cette période, affichait un écart moyen de 452 % — et cet écart a presque doublé entre 2021 (329 %) et 2023 (614 %). Au total, l'ensemble des PHEV immatriculés entre 2021 et 2025 auraient généré environ 100 mégatonnes de CO₂ non comptabilisées dans les bilans officiels.

La Commission européenne a réagi en modifiant en 2025 la formule de calcul du « facteur d'utilisation » (le coefficient qui pondère la part électrique dans les émissions officielles), avec une nouvelle correction annoncée pour 2027. Un premier pas, mais qui n'efface pas les années passées.

Exemple chiffré : la famille de Morges, 15 000 km/an

Prenons un profil concret : une famille avec deux enfants résidant à Morges (VD), faisant environ 15 000 km par an entre trajets domicile-travail, courses et week-ends. Ils ont acheté un SUV PHEV il y a deux ans, attirés par le bonus cantonal vaudois (3 000 CHF) et la réduction de l'impôt cantonal sur les véhicules.

Leur trajet quotidien fait 40 km aller-retour, soit pile dans l'autonomie électrique annoncée. Mais ils habitent en appartement et n'ont pas de prise dédiée dans leur parking. Résultat : la batterie est chargée deux à trois fois par semaine au mieux, via une borne publique SwissCharge. Le moteur thermique prend donc la relève la plupart du temps.

Concrètement, selon les estimations issues de profils similaires, leur consommation réelle en carburant serait 1,5 à 2 fois supérieure à ce qu'indique la fiche constructeur. Sur une base de 7 litres/100 km réels contre 3,5 litres/100 km officiels, et avec un prix de l'essence autour de 1,85 CHF/litre, cela représente un surcoût d'environ 970 CHF par an par rapport à ce qu'ils escomptaient dépenser. Le bonus de 3 000 CHF est amorti en un peu plus de trois ans… uniquement par cette différence de carburant.

Suisse : ce que vous gagnez (ou perdez)

En Suisse, les PHEV représentaient 9 % des nouvelles immatriculations en 2025. Les incitations restent attractives sur le papier : 3 000 CHF de bonus cantonal à Vaud et à Genève, 2 000 CHF à Berne, plus des exonérations ou réductions de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons. Mais ces avantages ont été pensés sur la base des émissions officielles — celles-là mêmes que l'étude ICCT remet en question.

Autre enjeu : la Suisse s'est fixé l'objectif d'atteindre 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 et exerce une pression sur les importateurs via des objectifs CO₂ fédéraux. Si les PHEV continuent de « gonfler » artificiellement les statistiques de décarbonation, le compte ne sera pas bon. Cela pourrait amener les cantons à réviser leurs critères d'éligibilité aux bonus, voire à réserver les aides aux seuls véhicules 100 % électriques (BEV — Battery Electric Vehicle).

La bonne nouvelle : le réseau de recharge est dense dans les grandes agglomérations suisses (SwissCharge, EVPASS…). Si vous disposez d'une prise à domicile ou au bureau, un PHEV peut effectivement tenir ses promesses. C'est la situation de recharge, plus que le véhicule lui-même, qui fait toute la différence.

Concrètement, qu'est-ce que je fais ?

  • Simulez vos trajets réels avant d'acheter. Comparez la distance de votre trajet quotidien avec l'autonomie électrique réelle (pas théorique) du modèle qui vous intéresse. Utilisez l'outil Moteurs.com /comparer-trajet pour estimer le coût réel de vos déplacements selon votre profil de recharge.
  • Vérifiez votre éligibilité aux bonus cantonaux. Les critères varient d'un canton à l'autre et évoluent. Rendez-vous sur votre espace membres Moteurs.com pour activer des alertes personnalisées dès qu'une aide correspondant à votre profil est modifiée dans votre canton.
  • Calculez votre économie réelle, pas officielle. Avant de vous décider, utilisez le simulateur Moteurs.com en entrant vos kilomètres annuels, votre fréquence de recharge et votre type de trajet. Vous obtiendrez une estimation honnête de ce que vous dépenserez vraiment, et si un PHEV ou un BEV est plus adapté à votre situation.

D'après Elektroauto News CH