À partir du 1er janvier 2027, les Pays-Bas infligent une taxe mensuelle équivalant à 1 % du prix du véhicule pour tout leasing thermique ou hybride en entreprise. Une mesure radicale qui fait déjà bouger les lignes chez les gestionnaires de flottes néerlandais — et qui devrait alerter leurs homologues français.

Une taxe qui change radicalement l'équation du leasing thermique

Le mécanisme est simple, mais son impact est brutal. Pour un véhicule affiché à 35 000 euros, l'employeur devra s'acquitter chaque mois de 350 euros supplémentaires, uniquement au titre de cette taxe carburant. Sur un contrat de 48 mois, c'est 16 800 euros de coût additionnel à absorber — entièrement à la charge de l'entreprise, sans possibilité légale de le répercuter sur le collaborateur.

L'effet sur les décisions d'achat est immédiat et spectaculaire. Chez les petites entreprises néerlandaises, la part des commandes de véhicules électriques est passée de 41 % à 51 % depuis l'annonce de la mesure. Chez les grandes entreprises, on atteint désormais 90 % de commandes électriques, contre 83 % auparavant. Seules les entreprises de taille intermédiaire (10 à 200 véhicules) semblent marquer le pas, avec un taux stable autour de 60 % — révélant une inertie probablement liée à des contraintes opérationnelles ou logistiques spécifiques.

Autre signal d'alarme pour les gestionnaires de flottes : à compter du 17 septembre 2030, la taxe s'appliquera rétroactivement aux contrats de leasing conclus avant le 1er janvier 2027. Autrement dit, signer aujourd'hui un contrat thermique ne garantit pas d'échapper à la mesure sur sa durée complète.

France : ce que ça change pour les entreprises et les flottes

La France n'a pas (encore) adopté de dispositif aussi radical. Mais le contexte réglementaire se durcit déjà sur plusieurs fronts, et les signaux envoyés par les Pays-Bas méritent une lecture attentive pour tout gestionnaire de flotte hexagonal.

Sur le volet réglementaire, 43 agglomérations françaises sont désormais dotées de Zones à Faibles Émissions (ZFE-m), avec des restrictions progressives sur les véhicules Crit'Air 3 et au-delà. Pour les flottes qui opèrent en milieu urbain, le thermique devient une contrainte opérationnelle autant que fiscale.

Sur le volet fiscal, le levier existe déjà : la taxe annuelle sur les émissions de CO₂ (ex-TVS) pénalise fortement les véhicules émettant plus de 20 g/km, tandis que les véhicules électriques en sont totalement exonérés. À l'inverse, le passage à l'électrique ouvre droit à un bonus écologique jusqu'à 9 000 euros pour les entreprises, et à un suramortissement de 40 % sur le prix d'acquisition (base plafonnée à 30 000 euros), soit une économie fiscale réelle pouvant dépasser 3 000 euros par véhicule selon les estimations.

Pour l'infrastructure de recharge, les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) permettent de financer tout ou partie de l'installation de bornes en entreprise. Un levier souvent sous-exploité par les PME, alors même que la borne est le principal frein cité pour freiner la transition des flottes.

TCO comparé : l'électrique déjà compétitif en France

Même sans taxe punitive à la néerlandaise, le coût total de possession (TCO) d'un véhicule électrique est aujourd'hui compétitif face au thermique sur un horizon de 4 ans pour la plupart des usages professionnels. Le différentiel de coût à l'achat se réduit grâce aux aides, les coûts d'énergie restent inférieurs (selon les estimations, de 3 à 4 fois moins cher par kilomètre), et l'entretien est structurellement allégé (pas de vidange, moins de pièces d'usure).

L'exemple néerlandais illustre ce que produit une contrainte fiscale forte : elle ne crée pas la demande pour l'électrique, elle accélère une décision déjà économiquement justifiée. En France, les PME disposent déjà des outils pour faire ce calcul — sans attendre une taxe contrainte.

Ce que vous devriez faire dès maintenant

La trajectoire réglementaire européenne est clairement engagée. Attendre 2027 ou 2030 pour reconfigurer sa flotte, c'est prendre le risque de subir des surcoûts ou des restrictions d'accès en ZFE. Voici trois actions concrètes à engager dès aujourd'hui :

  • Cartographier votre flotte : identifier les véhicules les plus émetteurs et les contrats arrivant à échéance dans les 18 mois.
  • Simuler le TCO électrique avec les aides disponibles (bonus, suramortissement, CEE) pour chaque segment de véhicule concerné.
  • Anticiper l'infrastructure : solliciter dès maintenant un audit de recharge sur site pour dimensionner la solution (bornes AC/DC, gestion d'énergie) avant que les délais d'installation s'allongent avec la demande.

D'après Elektroauto News CH