Un convoi de quatre camions électriques, 1 000 kilomètres, quatre constructeurs majeurs et un nouveau hub de recharge inauguré en conditions réelles : Milence vient de démontrer que le transport longue distance zéro émission n'est plus un concept de salon. Pour les PME et gestionnaires de flottes basés en Suisse, ce signal mérite une lecture attentive — surtout si vos routes commerciales passent par l'Allemagne ou la France.

Ce qui s'est passé : un test grandeur nature sur 1 000 km

Milence, l'opérateur européen spécialisé dans la recharge pour poids lourds, a officiellement ouvert un nouveau parc de recharge sur autoroute à proximité de Kassel-Lohfelden, en Allemagne. Pour valider le site en conditions réelles, quatre camions électriques ont parcouru le corridor Paris–Berlin, soit environ 1 000 kilomètres, en utilisant les infrastructures disponibles tout au long du trajet.

Les quatre constructeurs engagés — Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks — représentent à eux seuls l'essentiel du marché européen des poids lourds. Leur participation conjointe à ce tour de démonstration n'est pas anodine : elle valide l'interopérabilité des véhicules avec l'infrastructure Milence, un prérequis indispensable à toute adoption à grande échelle par les flottes professionnelles.

Le choix de l'axe Paris–Berlin n'est pas non plus hasardeux. Ce corridor traverse le cœur économique de l'Europe et constitue une artère stratégique pour de nombreuses entreprises suisses qui approvisionnent ou livrent dans ces deux bassins. La Suisse, géographiquement centrale, est directement connectée à cet axe via les autoroutes alsaciennes et rhénanes.

Infrastructure longue distance : où en est-on vraiment ?

L'ouverture du site de Kassel-Lohfelden s'inscrit dans un mouvement de fond : les opérateurs de recharge investissent massivement les axes autoroutiers européens pour répondre aux exigences du règlement européen sur les infrastructures de carburants alternatifs (AFIR), qui impose des points de recharge pour poids lourds tous les 60 kilomètres sur le réseau central TEN-T d'ici 2025-2027.

Pour les transporteurs, cela change concrètement la donne : la question n'est plus "puis-je faire du longue distance en électrique ?" mais "quelle est ma fenêtre de recharge optimale sur mon circuit ?" Les constructeurs travaillent désormais avec des autonomies selon les estimations entre 300 et 500 km selon le gabarit et la charge, ce qui rend les escales de recharge planifiables au même titre qu'une pause réglementaire obligatoire.

Suisse : ce que ça change pour vos flottes

La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle n'est pas hors jeu. Plusieurs dynamiques locales rendent la transition vers l'électrique particulièrement attractive pour les transporteurs helvétiques dès aujourd'hui.

Sur le plan fiscal et des aides : plusieurs cantons proposent des bonus à l'achat de véhicules utilitaires électriques. À titre d'exemple, Vaud et Genève offrent chacun jusqu'à 3 000 CHF, Berne jusqu'à 2 000 CHF. La plupart des cantons accordent également une exonération ou une réduction sensible de l'impôt sur les véhicules. Dans un contexte de franc fort, l'achat de poids lourds importés de la zone euro bénéficie en outre d'un effet prix favorable qui compresse le surcoût à l'acquisition.

Sur le plan réglementaire : la Suisse ne dispose pas de Zone à Faibles Émissions (ZFE) nationale, mais la pression sur les importateurs est réelle via les objectifs CO₂ fédéraux. À cela s'ajoute l'objectif ambitieux de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030, tous segments confondus. Les gestionnaires de flottes qui anticipent dès maintenant sécurisent leur conformité future.

Sur le plan de l'infrastructure : les grandes agglomérations suisses disposent d'un réseau de recharge dense (SwissCharge, EVPASS…), et le maillage autoroutier européen qui se densifie — comme le démontre l'initiative Milence — réduit progressivement le risque réseau pour les tournées transfrontalières. Un transporteur genevois livrant à Lyon ou un logisticien bâlois couvrant Frankfurt dispose déjà d'options de recharge crédibles sur son parcours.

Impact TCO : la combinaison des bonus cantonaux, de la fiscalité allégée sur les véhicules et du coût énergétique de l'électricité — historiquement plus stable que le diesel — rend le calcul du coût total de possession (TCO) sur 4 à 5 ans de plus en plus favorable à l'électrique, selon les estimations des analystes sectoriels. Intégrez votre profil de kilométrage annuel dans votre prochain comparatif avant de renouveler votre flotte.

Ce que les transporteurs suisses doivent faire maintenant

Le corridor Paris–Berlin testé par Milence n'est qu'une étape. D'autres axes se structurent, et la Suisse sera inévitablement intégrée à ces réseaux de recharge longue distance. Voici trois actions concrètes à engager dès aujourd'hui :

  • Cartographier vos flux transfrontaliers pour identifier les corridors couverts par les opérateurs comme Milence et anticiper vos besoins en recharge.
  • Interroger votre canton sur les aides disponibles avant tout renouvellement de flotte : les dispositifs varient et certains sont limités dans le temps ou les budgets.
  • Demander un chiffrage TCO électrique vs diesel à votre constructeur ou concessionnaire, en intégrant les aides locales et le différentiel énergétique actuel.

La fenêtre d'opportunité est ouverte. Les infrastructures avancent, les aides sont en place, et vos concurrents européens accélèrent. L'initiative Milence le confirme : le transport électrique longue distance est entré dans sa phase opérationnelle.

D'après Electrive EU (BE)