L'électrification du transport de marchandises longue distance franchit un cap symbolique : Milence, l'opérateur de recharge dédié aux poids lourds, vient d'inaugurer un site de recharge sur l'autoroute allemande près de Kassel-Lohfelden, baptisé lors d'un trajet de démonstration Paris-Berlin de 1 000 kilomètres. Quatre constructeurs majeurs — Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks — ont participé à l'exercice. Pour les gestionnaires de flottes et PME belges, c'est un signal concret : l'infrastructure de recharge pour camions se construit, et plus vite que prévu.

Un corridor de 1 000 km : ce que la démonstration prouve vraiment

Organiser un parcours Paris-Berlin avec des camions 100 % électriques n'est pas qu'un exercice de communication. C'est la validation en conditions réelles de trois paramètres critiques pour tout exploitant : l'autonomie des véhicules sur longue distance, la fiabilité du réseau de recharge en cours de route, et la compatibilité entre différentes marques et une même infrastructure. Le fait que quatre constructeurs concurrents aient réussi ce trajet sur le même corridor est un signal fort d'interopérabilité — un point qui freinait jusqu'ici de nombreux décideurs dans le passage à l'électrique pour leurs poids lourds.

Le site de Kassel-Lohfelden constitue un maillon stratégique sur l'axe nord-sud européen, un axe que nombre de transporteurs belges empruntent régulièrement. La proximité géographique de la Belgique avec ce réseau en construction n'est pas anodine : les Flandres et le port d'Anvers sont des nœuds logistiques majeurs dont les flux s'orientent précisément vers l'Allemagne et la France.

TCO du camion électrique : où en est-on pour un opérateur belge ?

La question du coût total de possession (TCO) reste centrale. Si le prix d'achat d'un camion électrique longue distance demeure supérieur à son équivalent diesel — selon les estimations du secteur, l'écart peut atteindre 30 à 50 % à l'achat — plusieurs leviers permettent de compresser cet écart pour un opérateur basé en Belgique.

D'abord, le carburant : l'électricité reste, même avec la hausse des tarifs, structurellement moins chère au kilomètre que le gazole pour un usage intensif. Ensuite, la maintenance : moteur électrique, moins de pièces d'usure, coûts d'entretien réduits selon les estimations constructeurs. Enfin, la fiscalité : en Belgique, les véhicules zéro émission bénéficient d'une déductibilité fiscale à 100 % pour les achats réalisés jusqu'en 2027. Pour une PME ou un artisan soumis à l'impôt des sociétés, c'est un avantage immédiat sur la trésorerie.

À cela s'ajoutent les primes régionales, qui concernent davantage les véhicules légers, mais illustrent une dynamique politique claire : la Belgique pousse fiscalement et réglementairement vers le zéro émission.

Belgique : ce que ça change pour votre flotte

Concrètement, plusieurs évolutions réglementaires et incitatives méritent l'attention des gestionnaires de flottes belges dès aujourd'hui :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour tout véhicule zéro émission acheté jusqu'en 2027 — un avantage à saisir avant la fin de la fenêtre.
  • Obligation d'infrastructure de recharge en entreprise dès 2030 : si vous disposez d'un parc de stationnement professionnel, anticiper l'installation de bornes n'est plus une option mais une obligation à planifier.
  • LEZ (Low Emission Zones) déjà actives à Bruxelles, Anvers et Gand, avec des extensions prévues : les véhicules thermiques anciens seront progressivement exclus de ces zones, ce qui concerne directement les livraisons urbaines et la logistique du dernier kilomètre.
  • Primes régionales (jusqu'à 4 500 € en Wallonie via PIVERT, jusqu'à 4 000 € à Bruxelles) : elles ciblent principalement les véhicules légers, mais témoignent d'un écosystème incitatif qui devrait s'élargir aux utilitaires lourds.

Pour un transporteur belge qui effectue des liaisons régulières vers l'Allemagne ou la France, le développement du réseau Milence représente une réduction directe du risque opérationnel lié à la recharge en route. L'argument de l'"autonomie insuffisante" s'effrite à mesure que l'infrastructure se densifie.

Ce que vous devriez faire dès maintenant

Ne pas attendre 2030 pour amorcer la réflexion. Les entreprises qui commencent aujourd'hui à cartographier leurs usages (kilométrages, gabarits, points de livraison en zone LEZ) seront mieux positionnées pour négocier des contrats de leasing ou de financement avantageux avant la fin des avantages fiscaux actuels. Sollicitez votre conseiller fiscal sur la fenêtre de déductibilité 100 % — elle court jusqu'en 2027 et représente un levier immédiat. Enfin, anticipez l'obligation de recharge en entreprise : un audit de votre infrastructure électrique dès maintenant évite une mise en conformité coûteuse et précipitée dans trois ans.

D'après Electrive EU (BE)