Les négociations européennes sur l'interdiction des véhicules thermiques neufs en 2035 sont dans l'impasse, et un accord semble peu probable avant la fin de l'année. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en Suisse, cette instabilité réglementaire n'est pas qu'une affaire de politique bruxelloise : elle touche directement vos décisions d'investissement, vos cycles de renouvellement et votre capacité à planifier. Voici ce que vous devez savoir.

Un calendrier européen qui déraille : les faits

La Commission européenne, sous pression de plusieurs États membres, a déjà revu sa copie : l'objectif de réduction des émissions CO₂ pour les véhicules neufs, initialement fixé à 100 % d'ici 2035, pourrait être ramené à 90 %. En parallèle, le Parlement européen explore deux pistes supplémentaires : autoriser les moteurs thermiques fonctionnant aux carburants renouvelables (e-fuels, HVO) et accorder une place plus large aux hybrides rechargeables (PHEV) dans le mix autorisé après 2035.

Ces ajustements témoignent d'une réalité industrielle difficile à ignorer : les constructeurs automobiles européens peinent à rivaliser avec la concurrence internationale sur les véhicules 100 % électriques, et l'incertitude sur les règles du jeu entrave leurs investissements. Pour les acheteurs professionnels, ce flou se traduit par un risque concret : acquérir aujourd'hui un véhicule dont la valeur résiduelle dépendra de règles encore indéfinies.

Suisse : ce que ça change pour les professionnels

La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle s'aligne étroitement sur la réglementation européenne en matière d'émissions. Les objectifs CO₂ fédéraux imposés aux importateurs suivent de près les normes européennes, ce qui signifie que tout assouplissement à Bruxelles pourrait, à terme, se répercuter sur les contraintes pesant sur les importateurs helvétiques.

Sur le plan des incitations locales, les professionnels suisses disposent aujourd'hui d'un arsenal concret :

  • Bonus cantonaux à l'achat : jusqu'à 3 000 CHF dans les cantons de Vaud et Genève, 2 000 CHF dans le canton de Berne — à cumuler avec d'éventuelles remises constructeurs.
  • Exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons pour les électriques et PHEV.
  • CHF fort : les véhicules importés de la zone euro restent compétitifs en termes de prix catalogue, ce qui améliore mécaniquement le TCO de départ.
  • Infrastructure de recharge : les grandes agglomérations (Zürich, Genève, Bâle, Lausanne) disposent d'un réseau dense via SwissCharge, EVPASS et les opérateurs privés — un avantage concret pour les flottes urbaines et péri-urbaines.

L'objectif national de 50 % de véhicules électriques neufs d'ici 2030 reste en vigueur, indépendamment des atermoiements bruxellois. Pour les flottes professionnelles, cela signifie que la pression réglementaire locale ne faiblit pas, même si l'horizon européen se brouille.

TCO : l'électrique reste défendable, mais les PHEV regagnent du terrain

Dans un contexte d'incertitude sur les carburants alternatifs et les hybrides, la question du coût total de possession (TCO) redevient centrale. Sur un véhicule utilitaire léger ou une berline de fonction parcourant 25 000 à 40 000 km/an, les économies sur le carburant et l'entretien d'un électrique restent significatives selon les estimations sectorielles, à condition que les trajets soient compatibles avec l'autonomie disponible et que la recharge puisse s'effectuer au dépôt ou au domicile.

Les hybrides rechargeables, dont le statut pourrait être revalorisé dans la future réglementation européenne, présentent un profil TCO intéressant pour les artisans et PME dont les itinéraires sont mixtes (urbain + interurbain). Les bonus cantonaux leur sont souvent applicables, et l'impôt sur les véhicules est réduit dans plusieurs cantons. Attention toutefois : un PHEV utilisé principalement en thermique perd une grande partie de son avantage économique et environnemental.

Ce que les professionnels suisses doivent faire maintenant

L'incertitude réglementaire européenne ne doit pas justifier l'immobilisme. Voici les actions concrètes à engager dès aujourd'hui :

  • Cartographiez vos usages réels : kilométrage annuel, types de trajets, possibilité de recharge au dépôt. C'est la base de tout arbitrage thermique / PHEV / électrique.
  • Simulez votre TCO avec les aides cantonales en vigueur dans votre canton — elles sont acquises aujourd'hui et ne dépendent pas de Bruxelles.
  • Anticipez la valeur résiduelle : les modèles électriques bien établis sur le marché suisse offrent aujourd'hui une meilleure prévisibilité que les motorisations alternatives dont le cadre réglementaire reste flou.
  • Négociez des cycles courts (24-36 mois en LLD) si vous souhaitez préserver votre flexibilité dans l'attente de la clarification européenne.

Le brouillard réglementaire de Bruxelles ne dispense pas de décider — il impose simplement de décider plus intelligemment, en s'appuyant sur les certitudes locales plutôt qu'en attendant des certitudes européennes qui tardent à venir.

D'après Elektroauto News CH