L'échéance 2035 pour la fin des moteurs thermiques en Europe semblait incontournable. Elle l'est de moins en moins. Les négociations au sein des institutions européennes s'enlisent, et un accord avant la fin de l'année paraît improbable. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes en Belgique, cette incertitude ne doit pourtant pas servir d'alibi à l'immobilisme : les leviers fiscaux locaux, eux, sont bel et bien actifs.

Ce que l'on sait : Bruxelles recule, Strasbourg hésite

La Commission européenne a déjà assoupli sa position initiale. Au lieu d'exiger une réduction de 100 % des émissions CO₂ pour les véhicules neufs d'ici 2035, elle envisage désormais un seuil de 90 % — une brèche qui ouvre la voie à des exceptions notables. De son côté, le Parlement européen va plus loin en explorant deux pistes : autoriser les moteurs thermiques fonctionnant aux carburants renouvelables (e-fuels, biocarburants avancés) et accorder une place durable aux hybrides rechargeables (PHEV) dans le mix.

Résultat : ni les constructeurs ni les acheteurs professionnels ne savent précisément vers quel type de motorisation orienter leurs investissements à moyen terme. Cette incertitude réglementaire prolongée est particulièrement coûteuse pour les entreprises qui planifient leur flotte sur des cycles de 4 à 7 ans.

Pourquoi ce flottement pèse sur les constructeurs… et sur vous

Les industriels européens de l'automobile sont pris en étau. D'un côté, ils ont engagé des milliards dans la transition vers l'électrique. De l'autre, un possible assouplissement des règles les incite à ralentir la cadence, au risque de perdre du terrain face aux constructeurs asiatiques — notamment chinois — qui, eux, continuent d'investir massivement dans le véhicule électrique.

Pour les gestionnaires de flottes belges, cette instabilité se traduit par un problème concret : la valeur résiduelle des véhicules thermiques et hybrides devient difficile à anticiper. Un véhicule diesel acheté aujourd'hui pourrait se retrouver exclu de certaines zones urbaines bien avant sa fin de vie économique, selon l'évolution des LEZ (Low Emission Zones).

Belgique : ce que ça change pour votre flotte

Quelles que soient les conclusions des négociations européennes, la Belgique a construit son propre cadre incitatif, qui s'applique dès aujourd'hui :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 — un avantage majeur pour les sociétés soumises à l'impôt des sociétés.
  • Avantage ATN fortement réduit pour les voitures de société électriques, ce qui allège significativement la charge fiscale des dirigeants bénéficiant d'un véhicule de fonction.
  • Wallonie : prime PIVERT jusqu'à 4 500 € pour l'achat d'un véhicule électrique neuf.
  • Bruxelles : prime régionale pouvant atteindre 4 000 € pour un véhicule électrique.
  • Flandre : prime Ecoscore progressive, calculée en fonction des émissions réelles du véhicule.
  • LEZ renforcées à Bruxelles, Anvers et Gand, avec des extensions prévues : les véhicules diesel anciens sont déjà dans le viseur.
  • Obligation d'infrastructure de recharge en entreprise dès 2030 : anticiper maintenant peut éviter des surcoûts importants lors de l'installation.

En combinant déductibilité totale et primes régionales, le coût total de possession (TCO) d'un véhicule électrique de flotte peut déjà être inférieur à celui d'un équivalent thermique sur une période de 4 ans, selon les estimations sectorielles — même si les chiffres précis varient selon l'usage, le kilométrage annuel et la région.

Ce que vous devriez faire dès maintenant

L'incertitude européenne ne doit pas paralyser vos décisions. Voici trois actions concrètes à engager :

  • Auditez votre flotte actuelle : identifiez les véhicules exposés aux restrictions LEZ à court et moyen terme.
  • Calculez votre TCO électrique en intégrant les aides disponibles dans votre région : les économies sont souvent sous-estimées.
  • Anticipez l'infrastructure de recharge : les délais d'installation et les aides à l'équipement (selon les régions) imposent de ne pas attendre 2029 pour s'y pencher.

La règlementation européenne bougera encore. Mais en Belgique, les règles du jeu favorables à l'électrique sont actives maintenant. Les entreprises qui agissent en 2024-2025 capteront les avantages fiscaux les plus généreux avant leur réduction progressive.

D'après Elektroauto News CH