Une démonstration inédite vient de franchir l'Europe : quatre camions électriques des plus grands constructeurs du continent ont relié Paris à Berlin, soit près de 1 000 km, en passant par une nouvelle station de recharge Milence inaugurée près de Kassel-Lohfelden. Pour les gestionnaires de flottes et les PME luxembourgeoises opérant sur des axes transfrontaliers, ce signal est tout sauf anecdotique.

Un corridor électrique entre Paris et Berlin : de quoi parle-t-on exactement ?

La co-entreprise Milence — née de la collaboration entre Daimler Truck, TRATON et Volvo — a ouvert un nouveau maillon dans son réseau de recharge dédié aux poids lourds électriques en Europe. La démonstration organisée sur cet itinéraire Paris-Berlin a rassemblé des véhicules de Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks, les quatre piliers de la production européenne de camions lourds. Ce n'est pas un test en laboratoire : c'est une preuve de concept grandeur nature sur des axes autoroutiers réels.

Ce que cette initiative démontre surtout, c'est la montée en maturité de l'infrastructure de recharge pour poids lourds. Jusqu'ici, le principal frein à l'électrification des flottes longue distance n'était pas tant le véhicule lui-même que la disponibilité des bornes adaptées (puissance, accessibilité PL, temps de recharge) le long des grands axes européens.

TCO et coûts réels : ce que peut espérer un opérateur luxembourgeois

Pour une PME ou un artisan luxembourgeois qui envisage d'intégrer un camion électrique à sa flotte, la question du coût total de possession (TCO) est centrale. Plusieurs leviers jouent clairement en faveur du passage à l'électrique au Luxembourg :

  • Prime d'État de 8 000 € pour l'acquisition d'un véhicule électrique neuf (sous conditions), applicable aux véhicules utilitaires et poids lourds zéro émission selon les catégories éligibles.
  • Déductibilité TVA à 100 % pour les véhicules zéro émission en usage professionnel : un avantage fiscal direct qui réduit sensiblement le coût d'acquisition net pour une entreprise assujettie.
  • Absence de vignette autoroutière au Luxembourg : contrairement à la Belgique, la France ou l'Allemagne, les routes restent gratuites, ce qui représente un avantage logistique non négligeable pour les flottes qui opèrent en transit sur le territoire.
  • Sur le plan énergétique, le coût de la recharge électrique reste, selon les estimations actuelles du marché européen, inférieur au gazole pour un usage optimisé (recharge nocturne au dépôt ou sur bornes à tarif social).

À ces éléments s'ajoute la disponibilité croissante du réseau Chargy, qui compte plus de 400 bornes publiques au Luxembourg, avec un tarif social accessible — un atout pour les trajets courts ou de distribution urbaine.

Luxembourg : ce que ça change concrètement

Le Luxembourg occupe une position géographique stratégique : il est à la croisée des flux logistiques entre la France, la Belgique et l'Allemagne — exactement les pays concernés par ce corridor Paris-Berlin. La multiplication des stations de recharge PL sur ces axes signifie que les entreprises luxembourgeoises opérant vers Paris ou vers les zones industrielles allemandes entrent progressivement dans le périmètre d'un réseau cohérent.

Autre réalité locale à intégrer : la forte proportion de travailleurs frontaliers (en provenance de France, Belgique et Allemagne) implique que les enjeux de recharge ne s'arrêtent pas aux frontières du Grand-Duché. Un chauffeur qui rentre chez lui en France ou en Allemagne après sa tournée ne pourra pas toujours recharger à domicile en territoire luxembourgeois — ce qui renforce l'importance d'un réseau de recharge public dense et transfrontalier.

Sur le plan réglementaire, les signaux sont clairs : une ZFE est en discussion pour Luxembourg-Ville, et l'interdiction des véhicules thermiques neufs à l'horizon 2035 (directive européenne) est actée. Les entreprises qui anticipent dès aujourd'hui ces contraintes se positionnent favorablement, tant sur le plan fiscal que sur celui de la conformité future.

L'objectif national de 49 % de véhicules électriques dans les nouvelles immatriculations d'ici 2030 traduit une ambition politique réelle, et les incitations actuelles en sont le levier direct.

Ce que les gestionnaires de flottes doivent faire maintenant

L'ouverture du corridor Milence Paris-Berlin est un signal de marché autant qu'une réalité opérationnelle. Pour les PME et gestionnaires de flottes basés au Luxembourg, voici les actions concrètes à engager dès maintenant :

  • Auditer vos axes logistiques : quels trajets sont compatibles avec l'autonomie actuelle des camions électriques et les stations disponibles ?
  • Simuler votre TCO électrique en intégrant la prime de 8 000 €, la récupération de TVA à 100 % et l'économie sur le carburant.
  • Anticiper la réglementation : ZFE, normes Euro 7, interdiction thermique 2035 — autant de contraintes pour lesquelles l'électrique est déjà la réponse.
  • Prendre contact avec votre concessionnaire pour évaluer les délais de livraison des modèles PL électriques disponibles (Renault Trucks, Volvo, MAN, Daimler Truck sont tous présents sur le marché européen).

La transition ne se fera pas du jour au lendemain, mais les fondations — techniques, fiscales et réglementaires — sont désormais en place au Luxembourg. Les premiers à bouger seront les mieux placés pour négocier les meilleures conditions et éviter une mise en conformité forcée et coûteuse.

D'après Electrive EU (BE)