Le constructeur chinois BYD ne se contente plus d'exporter ses véhicules électriques vers l'Europe : il y installe désormais ses lignes de production. En négociant le rachat d'usines désaffectées auprès de groupes comme Stellantis, BYD franchit un cap stratégique majeur. Pour les gestionnaires de flottes et les PME françaises, cette évolution mérite une attention particulière.
Une stratégie d'implantation offensive et méthodique
BYD avance sur plusieurs fronts simultanément. Le groupe est en cours de construction de deux usines en Europe : l'une à Szeged, dans le sud de la Hongrie, l'autre en Turquie. L'usine hongroise est particulièrement significative : elle devrait atteindre une capacité de 300 000 véhicules par an et accueillir la production de modèles accessibles comme le Dolphin Surf et l'Atto 2, deux véhicules clairement positionnés sur le segment des flottes d'entreprise et des utilitaires légers électriques.
Mais BYD ne s'arrête pas là. Le constructeur négocie également le rachat d'usines inutilisées auprès de plusieurs constructeurs européens, dont Stellantis. Ce mouvement de consolidation industrielle n'est pas isolé : dans le même temps, Nissan discuterait avec le constructeur chinois Chery pour un partage d'usage de son usine de Sunderland, au Royaume-Uni. Le réaménagement du tissu industriel automobile européen est bel et bien en marche.
Stellantis, de son côté, a annoncé début mai un plan de collaboration renforcé avec Leapmotor, prévoyant l'utilisation de deux usines espagnoles pour y produire des véhicules électriques de la marque chinoise. La frontière entre constructeurs européens et acteurs chinois devient de plus en plus poreuse.
Les droits de douane européens : un obstacle partiellement contourné
L'Union européenne a instauré des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques importés depuis la Chine, précisément pour limiter la compétitivité-prix des modèles assemblés sur place. En produisant directement en Europe, BYD contourne en grande partie cette barrière tarifaire. Résultat : les modèles issus des usines hongroises ou d'éventuelles acquisitions sur le continent ne seront plus soumis à ces surtaxes, ce qui ouvre la voie à des prix de vente potentiellement plus compétitifs sur le marché français dès les prochaines années.
Pour les acheteurs professionnels qui suivaient BYD de loin en raison d'un positionnement tarifaire incertain, ce changement de paradigme industriel mérite d'être intégré dans les cycles de renouvellement de flotte à venir.
France : ce que ça change pour votre entreprise
Pour une PME ou un artisan français envisageant l'électrification de sa flotte, l'arrivée de véhicules BYD assemblés en Europe modifie plusieurs équations.
Sur le plan du bonus écologique : les véhicules électriques doivent obtenir un score environnemental suffisant pour être éligibles aux aides françaises. Jusqu'ici, de nombreux modèles BYD étaient exclus du bonus en raison de leur fabrication chinoise. Une production européenne pourrait changer la donne — sous réserve de validation par les autorités compétentes. Le bonus peut atteindre 9 000 € pour les entreprises, une somme décisive dans le calcul du TCO.
Sur le TCO justement : couplé au suramortissement de 40 % applicable sur les véhicules propres (base plafonnée à 30 000 €) et à l'avantage fiscal sur la taxe annuelle CO₂ pour les véhicules émettant moins de 20 g/km, un modèle BYD éligible aux aides françaises deviendrait nettement plus attractif face à ses concurrents thermiques ou hybrides.
Sur la conformité ZFE-m : avec 43 agglomérations françaises désormais soumises à des restrictions Crit'Air, renouveler sa flotte avec des véhicules 100 % électriques n'est plus une option, mais une nécessité opérationnelle à horizon 2025-2027. Des modèles comme l'Atto 2 ou le Dolphin Surf, si leur prix baisse grâce à la production locale, pourraient s'imposer comme des alternatives sérieuses aux références actuelles du marché.
Pour les entreprises équipant leurs sites : les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) permettent de cofinancer l'installation de bornes de recharge, un point à ne pas négliger si l'on anticipe l'arrivée de nouveaux véhicules électriques dans sa flotte.
Ce qu'il faut surveiller en 2025-2026
Plusieurs signaux méritent d'être suivis de près : la confirmation ou non de l'éligibilité des modèles BYD "made in Europe" au bonus écologique français, l'évolution des prix de vente à mesure que les usines montent en cadence, et la stratégie de réseau après-vente de BYD en France — un point encore perfectible selon les retours du terrain.
En attendant, les gestionnaires de flottes ont tout intérêt à intégrer BYD dans leurs appels d'offres dès maintenant, à titre comparatif, pour anticiper un marché qui se recompose rapidement. L'électrification de flotte n'est pas un projet de six mois : les décisions prises aujourd'hui engagent les entreprises sur trois à cinq ans.
D'après Elektroauto News CH